Instrumentalisation politicienne

Par ignorance ou par mauvaise foi à des fins d’instrumentalisation politicienne, divers acteurs de l’espace public évoquent, notamment depuis l’avènement des remous dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ce qu’ils considèrent comme une marginalisation de nos concitoyens de cette partie du pays. Avec pour certains, une volonté plus ou moins affichée d’exacerber les divisions entre fils d’un même pays pourtant unis par une communauté de destin depuis la nuit des temps.

En effet, avant que les puissances coloniales ne se partagent le territoire du Cameroun à la fin de la Première guerre mondiale, une harmonie absolue régnait entre les populations vivant de part et d’autre du fleuve Moungo. Les contingences et autres vicissitudes générées par l’histoire ont instauré insidieusement des particularismes linguistiques et socio-politiques au sein d’un peuple jusqu’alors uni autour des mêmes référents culturels et anthropologiques. Les langues qui sont devenues une source d’antagonismes entre Camerounais sont historiquement d’origine étrangère à notre pays. Il en résulte que les valeurs et les différences construites autour de ces apports extérieurs doivent être tenus pour artificielles.

Il est donc clair que se saisir des mécontentements et autres frustrations légitimes qui s’expriment ici et là dans l’optique d’une récupération politicienne apparaît comme une entreprise malsaine et corrosive pour l’unité nationale si chère au coeur des Camerounais. C’est le cas de l’abondante littérature qui s’invite depuis quelque temps sur la place publique au sujet d’une prétendue marginalisation de nos compatriotes ayant l’anglais pour première langue de scolarisation. Feignant d’oublier par exemple que dans le secteur de l’éducation, le sous-système anglophone n’est plus depuis longtemps l’apanage des seuls ressortissants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. De toute façon, les deux sous-systèmes se montrent de plus en plus imbriqués, avec notamment une augmentation des établissements bilingues. Mais aussi et surtout une demande de plus en plus forte pour le sous-système anglophone, exprimée par les familles originaires des huit autres régions. Dans tous les cas, il n’y a aucune politique, aucune volonté de marginaliser une partie de la population camerounaise au niveau du gouvernement. S’adressant à ses compatriotes le 10 septembre dernier, le président de la République a été clair au sujet de cette prétendue marginalisation. « Pour expliquer cette crise, il a souvent été évoqué un sentiment de marginalisation qu’éprouveraient les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Je voudrais à cet égard redire à mes compatriotes de ces régions, mais également à ceux des huit autres régions du Cameroun, que la marginalisation, l’exclusion ou la stigmatisation n’ont jamais inspiré l’action des différents gouvernements que j’ai formés depuis mon accession à la magistrature suprême de notre pays », a-t-il déclaré. Par conséquent, prêter à la majorité démographique constituée des huit régions d’expression française une volonté de dominer, voire d’humilier la minorité d’expression anglaise relève d’une grotesque machination. Surtout quand on considère les progrès substantiels déjà réalisés sur le terrain de l’intégration nationale. A travers notamment un brassage vécu et assumé par des populations de plus en plus nombreuses pour qui une différence linguistique ne saurait constituer véritablement un obstacle insurmontable pour une cohabitation fraternelle. Méconnaître, sous-estimer ou contrarier ces acquis prometteurs participe d’une volonté de déconstruction et de fragilisation de l’édifice Cameroun patiemment bâti au prix d’énormes sacrifices. De plus, ce serait chercher à imposer à notre pays une reculade dans sa marche vers son plein accomplissement en tant que mosaïque de communautés et de cultures. L’évolution de la Nation est certes ponctuée de revendications multiformes. Sans que celles-ci proviennent des seules régions du Nord- Ouest et du Sud-Ouest. Le Grand dialogue national convoqué par le président Paul Biya se présente donc comme le cadre idoine pour débattre – sans combattre – des sujets qui fâchent dans le respect des institutions, mais aussi de l’opinion contraire. Sans haine. Sans préjugés. Le souci partagé devant être au terme des assises historiques que l’immense majorité des Camerounais attend avec espoir, que les participants parviennent à des solutions consensuelles et constructives. Afin de poser les jalons d’un nouveau départ qui permette d’envisager un avenir radieux pour le Cameroun, dans la paix, l’union des coeurs et la concorde retrouvée. Il s’agit sans conteste d’une cause cardinale qui passe par un engagement sincère de tous et de chacun. En somme, une démarche volontariste guidée par un sursaut patriotique sans fard.

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category