Violences en milieu scolaire : la cote d'alerte

Insultes, sévices corporels, privations, tortures psychologiques… Photographie d’un phénomène aux visages dangereux.

« Je vais trahir. Je vais seulement te trahir » ! Ondoa n’en peut plus. Son camarade Mvogo vient apparemment de faire sauter la fermeture de son sac à dos. L’élève en classe de 2e année au lycée technique Charles Atangana de Yaoundé veut réclamer justice auprès  des responsables de l’établissement. Mvogo essaie sans succès de l’en dissuader. Dans le bureau de Sophie Andang, la surveillante générale, il s’avère qu’il fallait juste remonter la fermeture avec délicatesse pour résoudre le problème. Visage froncé, Ondoa quitte le bureau, menaçant  du regard son camarade Mvogo, plus haut que lui de 15cm. Le dénouement est heureux cette fois, mais il y a déjà eu pire. Entre les élèves, ces scènes de désaccord dégénèrent souvent en bagarre. Ou pire.


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Le lycée bilingue de Deïdo est tristement célèbre depuis le 29 mars 2019. Elève en classe de 2nde C, Blériot Tsanou y a été tué par le poignard d’un camarade exclu, alors qu’il essayait de défendre ses camarades filles, victimes de racket. Au premier trimestre de l’année scolaire passée, un autre élève du lycée de Ngousso Ngoulemakong à Yaoundé a été grièvement blessé à la main et à la poitrine. Motif, son camarade n’appréciait pas trop le regard porté sur une fille en classe. Non loin, à Nkolfoulou, Dave Menendi perdait également la vie. Cet élève en classe de Terminale à l’Institut polyvalent bilingue La Sophia a reçu un coup de poignard de son camarade. Des actes de violence devenus une règle dans plusieurs établissements. Mais ils ne s’exercent pas seulement entre les élèves. D’autres s’attaquent désormais au personnel enseignant. Carine Marcelle Ango évite au maximum d’arriver à ce stade avec ses élèves. « J’ai vu une collègue se faire agresser par certaines filles de sa classe. Elles lui ont tiré et arraché les cheveux », relate l’enseignante de lettres bilingues.


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A l’école, il n’y a pas que les coups qui laissent des traces. Les mots aussi. Ils s’avèrent souvent plus violents. Pour Trésor Mvoula, impossible d’oublier ce surveillant de secteur qui a décidé de le baptiser « démon » au collège Jean Tabi à Yaoundé. « Je ne sais pas pourquoi il m’en voulait tant. Alors  que se tenaient les journées culturelles dans notre établissement, je me suis vêtu en tenue traditionnelle. Surpris, il dit que je ne peux pas être un enfant de cette aire culturelle. Que je ne peux être qu’un démon », se souvient-il.  Pour beaucoup qui ont subi une insulte, une remarque déplacée, les violences laissent des traces. La communauté éducative, constituée à la fois des enseignants et des parents, se réveille régulièrement, comme le 2 octobre dernier, journée internationale de la non-violence, pour ne pas laisser le phénomène s’épaissir davantage.


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