On pense l’avenir ensemble

Comme en décembre 2016, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) se retrouvent aujourd’hui à Yaoundé, autour du président Paul Biya, dans le cadre d’un sommet extraordinaire, pour penser de concert l’avenir de leur communauté. Cette terre bénie d’Afrique centrale dont les richesses naturelles permettaient d’envisager il y a quelques années des perspectives radieuses de progrès pour ses populations, a subi comme un retournement de destin. Du fait d’un ordre mondial peu équitable, caractérisé notamment par une détérioration endémique des termes de l’échange.

Il en a résulté dès mi-2014, une baisse drastique du cours des matières premières, avec pour conséquence une contraction des recettes d’exportation dans les six Etats membres de la Cemac. Une situation handicapante qui s’est traduite par une baisse drastique des réserves de change, elle-même source d’instabilité du cadre macro-économique tant au niveau de la Communauté que des Etats pris individuellement.

Situation d’autant plus préoccupante qu’au choc pétrolier qui a conduit à un ralentissement notoire de la croissance, s’est greffé un autre sur le plan sécuritaire, lié notamment à la menace terroriste et aux actions des bandes armées. D’où l’équation ardue qui se posait aux dirigeants de la Cemac : adopter des mesures judicieuses et les mettre en oeuvre avec des moyens limités, dans l’optique d’améliorer la situation macro- économique de leurs pays respectifs, ainsi que le quotidien des populations, particulièrement les couches les plus vulnérables. Réunis en décembre 2016 à Yaoundé, Paul Biya et ses pairs avaient adopté des résolutions courageuses. Avec pour objectif final ; le redressement substantiel de la situation économique. Ce, à travers des politiques budgétaire et monétaire appropriées. Trois ans après le sommet extraordinaire de Yaoundé, les experts s’accordent à reconnaître que l’Afrique centrale sort progressivement la tête de l’eau. Ils en veulent pour preuves, les faits suivants : les réformes structurelles engagées avec le concours du FMI dans cinq des six pays de la Communauté produisent des résultats globalement satisfaisants ; le taux de croissance est en amélioration ; la Beac table sur une croissance de 2,7% en 2019, contre 1,8% en 2018 ; l’excédent du solde budgétaire est remonté à 0,8% en 2019. Il était en dessous de 0% en 2018.

Toutefois, beaucoup reste à faire pour qu’à terme, la Cemac devienne véritablement un espace émergent. En dépit de tous les facteurs limitants identifiés. Les chefs d’Etat réunis aujourd’hui autour de l’hôte du sommet, Paul Biya, devraient, au terme de leurs travaux, donner une impulsion nouvelle à l’économie sous-régionale, notamment à travers la réalisation de projets intégrateurs. En particulier, les infrastructures de communication susceptibles de stimuler la libre circulation des personnes et des biens, ainsi qu’une amélioration très attendue du climat des affaires. Des domaines où les progrès sont relativement timides par rapport aux pas de géant enregistrés dans d’autres zones économiques du continent.

A cet égard, on note des avancées importantes dans la construction et l’aménagement de l’axe routier Sangmelima- Ouesso (Congo), en passant par Djoum et Mimtom. Par ailleurs, la fusion récente des places boursières de Libreville et Douala témoigne de la volonté des pays de la Cemac de tourner le dos aux égoïsmes nationaux et de faire chorus pour affronter les défis communs qui les interpellent. C’est donc dans l’esprit de cette impérative solidarité que les chefs d’Etat présents à Yaoundé devront s’atteler à décortiquer l’état d’avancement de la mise en oeuvre de leurs propres résolutions adoptées ici même il y a trois ans. Avant de se fixer, le cas échéant, un nouveau cap au regard des enjeux de l’heure.

En bonne place de ceux-ci, le débat qui s’anime à nouveau depuis quelques semaines autour de l’avenir du franc CFA. Cette monnaie qu’ont en partage quatorze Etats d’Afrique de l’Ouest (Uemoa) et d’Afrique centrale (Cemac) alimente la chronique dans les milieux spécialisés, avec des approches divergentes. Tandis que certains prédisent le crépuscule de ce qu’ils considèrent comme un « anachronisme », d’autres lui trouvent au contraire des points positifs en termes de stabilité des prix. La question pourrait difficilement manquer au menu des échanges des dirigeants de la Cemac qui se réunissent à Yaoundé. On se rappelle que le sujet avait déjà été largement évoqué en 2016. Avec comme invités spéciaux, la directrice générale du Fonds monétaire international d’alors, Christine Lagarde, et le ministre français de l’Economie et des Finances de l’époque, Michel Sapin. Pour ce sujet autrement sensible et pour tous ceux inscrits à l’agenda des chefs d’Etat, il est attendu des décisions salutaires à la hauteur des exigences pressantes qu’appelle un développement durable et inclusif de l’Afrique centrale.

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