« Tout le monde en sort avec un viatique assez important »

Madiambal Diagne, président international de l’Union de la presse francophone (UPF).

Que retenir des conclusions de ces 48e assises de l’Union internationale de la presse francophone à Yaoundé ?

Les 48e assises de l’Union internationale de la presse francophone nous ont permis pendant trois jours de travailler dans le sens d’échanger des idées et de faire des analyses sur une problématique très importante pour les médias, en l’occurrence l’impact que l’émotion peut avoir sur l’information livrée au public. Il arrive de plus en plus des phénomènes politiques, sociaux, sportifs, entre autres, qui font l’objet de modules de travail chez les journalistes et qui parfois peuvent créer de grandes émotions. Ces émotions ne manquent pas d’impacter à titre personnel les journalistes qui sont les vecteurs de l’information. Or, il peut s’avérer difficile pour ces professionnels de faire la part entre l’émotion personnelle et la réalité de l’information.

Comment faire en sorte que nos membres puissent avoir la meilleure posture possible face à cette dynamique qui se développe de plus en plus et pose problème, notamment avec l’avènement des médias nouveaux et des réseaux sociaux ?

Des experts universitaires ont réfléchi sur la question et ont fait des propositions scientifiques importantes. Les rédactions vivent cette situation au quotidien et nous avons estimé impératif de devoir mettre ces différents groupes ensemble pour échanger et partager l’analyse de l’autre. C’est ce qui a favorisé le choix de cette problématique cette année. Et les échanges ont été pointilleux et riches d’enseignements. Tout le monde en sort avec un viatique assez important sur les postures à prendre, les réflexes professionnels à avoir. Et c’est tout à l’honneur de ces 48e assises de l’Union internationale de la presse francophone. Est-il réellement possible de dissocier la déontologie journalistique de cette émotion inhérente à l’être humain ? C’était cela l’aspect dominant de la discussion. Nous sommes des êtres humains susceptibles d’être en proie à toutes sortes d’émotions.

Comment faire la part entre ces émotions personnelles et l’information qu’on livre au public ? Est-ce qu’on a le droit de faire avaler au public notre émotion au point de dénaturer l’information pour véhiculer autre chose ?

C’est cela l’exigence déontologique et critique. Justement, un panel spécial sur la question d’éthique avait été organisé pour alimenter la discussion. Il en est ressorti que les codes d’éthique qui sont adoptés à travers le monde doivent intégrer ces nouvelles donnes. Je crois que les assises de Yaoundé auront beaucoup apporté à la construction d’une culture professionnelle au niveau des journalistes de par le monde. Comment cette nouvelle donne - influencée notamment par les réseaux sociaux et les TIC - pourraitelle être intégrée dans les programmes des écoles de journalisme ? Nous avons pu élaborer des recommandations importantes pour que les écoles de formation puissent intégrer tout ceci dans les cursus. Cela dit, des suggestions et des recommandations ont été faites par des participants qui ont une large expérience et qui ont dirigé de grandes écoles de journalisme, de grandes rédactions ou des organismes internationaux. Ces expériences vont être mises dans une même corbeille qui va nourrir la réflexion et l’analyse. De quoi permettre la création d’un contenu plus adéquat et plus adapté aux formations de journalistes à travers le monde. L’UPF travaille en synergie avec des écoles de journalisme.

Comment les leçons de Yaoundé pourraient-elles être exploitées pour relever les travaux des 49e assises de Tunis l’an prochain?

Nous allons célébrer les 70 ans de l’UPF à Tunis et ce sera également en prélude au sommet de la Francophonie qui s’y tiendra. L’UPF a choisi d’inscrire à ces travaux la problématique du leadership féminin. Nous avions travaillé sur la question, il y a cinq ans à Lomé, notamment la place de la femme au niveau du bureau. A l’issue de ces assises, l’UPF avait engagé un programme de valorisation et de promotion de la femme au niveau de ses instances. Raison pour laquelle, ces instances de l’UPF sont devenues paritaires et les femmes ont des responsabilités importantes comme les postes de secrétariat général international, trésorière internationale, parce que les femmes constituent plus de la moitié de l’humanité. L’organisation des prochaines assises de l’UPF à Tunis constitue un prétexte, car la Tunisie est connue dans le monde comme l’un des pays engagés dans la promotion des droits de la femme.

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