Mondialisation : cette Afrique que tous courtisent...

A l’heure de la mondialisation triomphante, l’histoire des relations entre l’Afrique et le reste de la planète oscille entre pessimisme et espoir des lendemains meilleurs. La perception de ce continent a donc varié au fil des siècles en fonction de l’environnement international et des enjeux qui y sont liés. Deux grandes tendances peuvent caractériser le rapport du Berceau de l’humanité avec les grandes puissances. Dans un premier temps, l’Afrique a été considérée comme un objet de convoitise. Nul besoin de remonter à la conférence de Berlin de 1884 pour comprendre qu’aux yeux des puissances coloniales d’alors, l’Afrique n’était avant tout qu’un butin à partager. Ensuite est venu le temps de la compassion, voire de la pitié. Dans cette phase qui s’est prolongée jusqu’à nos jours, la perception des réalités africaines a été trop souvent catastrophiste, en mettant volontiers l’accent sur les épidémies, les famines, les guerres et autres « malédictions » qui frappent un continent devenu un objet de commisération. D’où la forte mobilisation des organisations humanitaires qui ont fait de l’Afrique leur principal champ d’intervention. L'afro-pessimisme qui a longtemps prévalu tendait aussi à faire croire que l’Afrique était victime d’elle-même, ses sociétés étant réfractaires au développement économique, à la démocratie et à l’État de droit. Ce qui pourrait justifier la « mission civilisatrice » de la colonisation ainsi que sa situation de marginalisation dans le commerce mondial.  
À cet afro-pessimisme latent, est en train de se substituer une vision plus positive des réalités africaines. Le continent est ainsi devenu l’enjeu d’une compétition grandissante entre les anciennes puissances d’Europe, d’Amérique du nord et les nouvelles puissances émergentes comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Russie qui s’aventurent de plus en plus dans les bastions jadis considérées comme les chasses-gardées des anciens colonisateurs. Cette compétition acharnée sur le double plan diplomatique et économique ne peut que profiter aux pays africains qui peuvent ainsi diversifier leurs partenaires au développement. Face 0 cette concurrence de plus en plus farouche, l’Occident revoit progressivement son discours sur l’Afrique, en multipliant les cadres de concertation. On connaissait déjà les sommets France-Afrique. A la suite, d’autres pays comme le Japon, la Chine, l’Inde, le Brésil, les Etats-Unis et plus récemment la Russie ont initié des forums en vue de renforcer les relations politiques, diplomatiques, militaires et surtout économiques avec le continent désormais perçu comme un interlocuteur crédible et non un fardeau. 
Pour ne plus être un simple objet de convoitise ou de compassion, le continent doit devenir le principal acteur de sa propre histoire. Le débat autour d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu ayant fait long feu, une Afrique plus forte suppose le lancement des grands projets transnationaux dans les domaines aussi divers que les transports, l’énergie électrique, l’industrie, la recherche scientifique, etc. autant de facteurs qui pourraient aider l’économie africaine à atteindre une masse critique susceptible de rivaliser avec d’autres régions du monde. Heureusement, quelques mutations sont en cours. A côté des investissements étrangers, on enregistre la percée des multinationales africaines dans des secteurs comme les matériaux de construction, l’agro-industrie, la banque ou le transport aérien, sous l’impulsion des opérateurs économiques qui figurent parmi les plus grandes fortunes du monde. L’Afrique peut aussi compter sur les plus grandes réserves de matières premières du monde. Sa population assez jeune constitue un important réservoir de main-d’œuvre. Ce qui fait dire à certains observateurs que celui qui contrôle l’Afrique contrôlera le monde de demain. Le continent gagnerait toutefois à mieux canaliser ses atouts pour être le maître de son propre destin. 
 

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