Musique : le plaidoyer de Lynda Raymonde

Un peu de temps encore et le deuxième album de Lynda Raymonde sera bientôt dévoilé. En attendant, l’artiste sort le single « Il est marié », après « Infidèle », apéritifs avant sa nouvelle sortie musicale. Le single publié depuis le 15 dé- cembre sur toutes les plateformes digitales et les comptes de réseaux sociaux de Lynda Raymonde annonce son come-back avec force et persuasion. Elle choisit le couloir de la famille, mais surtout de la fidélité pour revenir sur la scène musicale, quelques années après le succès de son premier album « Symbiose » (décembre 2011) et particulièrement du titre « Forme O », qui lui a valu d’être meilleure artiste féminine au Festi Bikutsi 2012. La chanteuse a voulu prendre du recul, « salutaire», comme elle le définit. « C’était important que je retrouve le chemin qui m’a conduit à la musique. J’avais envie de me renouveler », confie Lynda Raymonde. Elle revient riche d’expériences et de péripéties traversées. Née Floriane Linda Nyebe Andella, la chanteuse qui a bâti son sillon et son caractère dans les cabarets, est désormais une voix sûre du bikutsi, bien qu’elle reste ouverte aux couloirs de ses débuts tels que le jazz, le gospel, et celui qu’elle préfère la World Music, « parce qu’elle me permet de sauter d’un registre à l’autre sans aucun complexe », reconnaîtelle. Dans un entretien avec CT, l’artiste révèle les thématiques qui ne sont pas axées que sur l’amour ou l’infidélité, mais sur des questions actuelles comme le vivre-ensemble ou l’appartenance à une même patrie. Ce 8 mars, ses fans pourront la dé- couvrir sur scène aux côtés de grandes voix féminines de la musique camerounaise pour véhiculer des messages de paix et d’unité. Occasion pour présenter à tous des extraits de ce nouvel album.

 

Vous revenez en 2019 avec une nouvelle sortie : « Il est marié ». Voilà un avertissement choc pour signer votre come-back…

« Il est marié » annonce en réalité le deuxième album de Lynda Raymonde, quelques années après « Symbiose », le premier, qui avait plutôt bien marché et qui a révélé l’artiste que je suis aujourd’hui. Cette chanson veut mettre un stop à cette attitude des hommes mariés ou alors en couple qui refusent de s’assumer en tant qu’époux. C’est vraiment pour ouvrir les yeux à ces hommes qui se font passer pour des maris dévoués et affectueux, pourtant une fois hors de leur domicile, ils retirent leur alliance et deviennent des petits coureurs. La finalité de ces jeux c’est qu’ils brisent des cœurs, jouent avec les sentiments de leurs compagnes et tuent beaucoup d’espoirs.

Pourquoi ce thème particulier de l’adultère vous préoccupe particulièrement ?

Je pense que nous sommes à l’ère où l’artiste n’est pas seulement celui qui fait danser, mais c’est également une personne qui éveille les consciences, qui essaye d’attirer l’attention sur certaines attitudes. Et je pars également d’un vécu, car trop souvent dans mon entourage, j’ai eu des proches qui ont partagé leur quotidien avec des hommes qu’on pensait célibataires, honnêtes, mais qui des années plus tard se révèlent être des hommes avec une double vie, des hommes mariés. Toutes choses qui ont détruit des vies, et ont fait souffrir des enfants. Ces derniers se retrouvent avec un papa qui n’est pas le mari de leur mère, et qui a d’autres enfants. Je voulais présenter ce grand mensonge en chanson, tout simplement.

En quoi ce deuxième album tranche avec « Symbiose », en termes de style et de thèmes abordés ?

C’est un plaidoyer pour diverses causes. Ce deuxième opus a été lancé il y a quelques mois avec « Arrête comme ça », un titre pour dénoncer les violences faites aux femmes au sein du couple. Puis il y a eu « Infidèle » pour, comme son nom l’indique, indexer ce phénomène d’infidélité. Les singles « Toi et moi » et « Aime-moi» sont venus louer cet amour qui persiste évidemment encore dans de nombreux couples. Et enfin, il y a « Il est marié ». D’autres thématiques vont animer l’album. Elles tourneront autour de la lutte contre le tribalisme, avec des messages d’unité, d’apaisement, de réconciliation. Ce sera une contre-attaque face aux ré- seaux sociaux qui vont dans tous les sens. Le Cameroun nous appartient à tous, pas besoin de se détester et de s’entretuer. D’autres thématiques traiteront de la jalousie, de médisance, mais aussi de Dieu, pour encourager toutes les personnes qui mettent le Seigneur de leur côté.

Après le succès de « Forme O », on a eu l’impression que vous avez disparu de la scène artistique. Pourquoi cette discrétion soudaine ?

Honnêtement, c’est la réalité. Oui, je me suis retirée. Le succès de « Forme O » a été si fort que ma famille a été reléguée au second plan. Je n’avais plus de temps pour mes enfants, pour mes proches, et cela m’embêtait réellement. Et quand bien même je parvenais à trouver du temps pour eux, on était assaillis par les fans dans les espaces publics. Je ne pouvais plus faire mon marché ou aller dans des endroits qui m’étaient habituels, je ne pouvais plus vivre comme les autres. Je me suis sentie un peu agressée. Il y a eu des situations extrêmes, où des fans en plein concert montaient sur scène pour m’enlever. J’ai voulu prendre une pause de toute cette ferveur, et de créer une certaine intimité avec les miens. Cette retraite musicale a été salutaire pour ma carrière, car j’ai ainsi pu faire ce deuxième album. Et d’ailleurs un troisième est presque prêt. Ce recul n’a pas été négatif. Je suis de retour, et j’espère vraiment avoir acquis en maturité pour supporter tout cet amour que peuvent donner les fans. Au départ vous ne faisiez pas de bikutsi, et pourtant, c’est ce registre musical qui vous dévoile et vous définit actuellement. Comment êtesvous rentrée dedans ? Ceux qui m’ont connue pendant mon époque de cabaret savent bien que je ne suis pas véritablement une chanteuse de bikutsi. Je suis un peu ce qu’on appelle une « chanteuse du monde». J’ai commencé par le jazz, puis le gospel. « Forme O » qui se retrouve dans l’album, c’est un titre qu’on a fait pour explorer un autre registre qu’est le bikutsi. Et il a été la cerise sur le gâteau. Cela m’a permis de rentrer dans un nouvel univers et de croiser des artistes de bikutsi, des femmes pleines de talent avec qui j’ai de très bons rapports. Nous n’avons pas seulement partagé plusieurs scènes, mais avec certaines chanteuses comme Majoie Ayi, j’ai un vieux passé. Elle et moi avons chanté dans plusieurs cabarets.

Vous vous définissez donc comme une chanteuse du monde, mais qu’est-ce qui fait la particularité d’un artiste de World Music ? C’est un artiste qui se sent à l’aise dans tous les registres, qui a toujours son mot à dire musicalement parlant. Je ne suis pas trop pour les expressions « artiste-bikutsi », « artiste-makossa». Quand on regarde les tons musicaux, les mélodies, les guitares, on retrouve les registres qui se croisent. « Forme O» a été joué sur un ton Rnb et c’est finalement révélé être un son bikutsi. C’est pour vous dire… Pour moi, à la base on est d’abord artistes. Après, on peut avoir à dire sur tous les genres.

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