« Nous sommes dans une situation d’urgence »

Félix Nguélé Nguélé, gouverneur de la région du Sud.

Monsieur le gouverneur, où en êtes-vous avec la mise en œuvre des mesures prescrites par le gouvernement pour barrer la voie au Covid-19 dans la région du Sud ?

Aussitôt que les mesures du chef de l’Etat ont été rendues publiques par le Premier ministre, nous avons prescrit aux préfets et sous-préfets de sensibiliser les populations et d’arrêter les stratégies pour l’application de ces directives gouvernementales dans l’ensemble de la région. Les quatre préfets et les 29 sous-préfets ont fait le nécessaire en termes de réunions d’état-major, réunions des sectorielles interpellées et sur le plan de la communication, de la sensibilisation, ils ont fait du bon travail, appuyés par les équipes du ministère de la Santé publique. A ce jour (vendredi 27 mars, Ndlr), nous pouvons dire que le Sud n’est pas encore un foyer de propagation du virus. Nous avons enregistré quatre cas suspects et des analyses ont été faites. J’attends jusqu’à ce jour les résultats. Nous avions un cas à Kribi. Une personne partie de Douala pour Kribi qui a été mise en quarantaine. Son examen et son évolution ne donnent pas à inquiétude. Le Sud n’a pas encore de cas de coronavirus enregistré à ce jour (vendredi 27 mars, Ndlr).

Qu’en est-il des mesures à appliquer aux frontières ?

Nous avons également, dans le cadre des directives gouvernementales, des instructions selon lesquelles il fallait faciliter le commerce transfrontalier entre le Cameroun et les pays voisins, notamment la Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo, même si ces pays ont pris sur eux de fermer leurs frontières. Vu que notre pays est la mamelle nourricière de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, nous avons implémenté les mesures du chef de l’Etat tendant à continuer à faciliter les échanges entre notre pays et les pays voisins, mais à condition de monitorer l’état de santé de ceux qui entrent et sortent de notre pays dans le cadre de ces échanges. Le délégué régional de la santé a mis en place des postes de santé pour prendre la température des conducteurs à travers les thermo-flashs et s’assurer de l’effectivité de l’application des gestes barrières pour que le virus ne traverse pas la frontière. Tout cela se passe sans anicroche.

Au niveau des frontières, il y a une régulation de ces échanges et cela semble peser financièrement sur les commerçants. Quelle alternative pour compenser tout cela ?

Lorsque nous avons eu les instructions du gouvernement, le réflexe a été de fermer les frontières de manière étanche. Mais lorsqu’il a été prescrit par instructions précises de faciliter les échanges commerciaux, j’ai prescrit au préfet de la Vallée du Ntem qui est au centre de cela, parce que les marchés s’y trouvent, de mettre en place un dispositif avec des forces pour faciliter la sortie des marchandises vers le Gabon et la Guinée équatoriale. Même si de l’autre côté ils avaient fermé leurs frontières. J’admets qu’il  a souvent des postes de contrôle pour contrôler les flux migratoires et vérifier que la réglementation douanière est respectée. Les postes de contrôle aux frontières font leur travail comme d’habitude. S’il y a une compensation, elle ne peut pas se faire au niveau de la région. Les commerçants se plaignaient déjà que nous fermions de manière étanche la frontière. Nous avons été instruits par le président de la République de faciliter les échanges. Tout cela se fait en ayant en tête que nous sommes dans une situation d’urgence où tout le monde doit faire des sacrifices. Ils peuvent se plaindre des coûts, mais c’est le moindre mal. L’essentiel étant que les frontières soient fermées pour éviter la propagation du virus de part et d’autre des frontières, et que les échanges puissent se faire même au minimum.

La frontière est complètement fermée du côté de la Guinée équatoriale. Qu’en est-il des échanges de ce côté ?

C’est la Guinée équatoriale qui a fermé sa frontière. C’était bien avant le coronavirus pour des raisons de souveraineté ou de sécurité sans doute. Nous fonctionnions donc avant le coronavirus sur une frontière fermée côté Guinée équatoriale et ouverte côté Cameroun. Toutefois, des dispositions sont prises avec des autorités de proximité pour que ce qui doit entrer en Guinée équatoriale comme vivres frais, que nous facilitions ces échanges. Parce que c’est beaucoup plus eux qui ont besoin de nous pour l’alimentation. Nos compatriotes qui font le commerce là-bas sont réellement en difficulté et sont contraints de passer par des pistes clandestines, ce que nous n’encourageons pas. En perspective, nous pourrions avoir une rencontre Cameroun-Guinée équatoriale dans les tout prochains jours si les gouvernements des deux pays s’accordent sur une date pour les problèmes de sécurité transfrontalière. Ebolowa pourra être le lieu où se discuteront ces problèmes de sécurité transfrontalière.

Vous avez évoqué le phénomène de pistes clandestines qui est récurrent dans cette zone frontalière. Quelles mesures sont prises pour le juguler ?

Les pistes sont connues. Nous avons des hommes sur le terrain. Les frontières sont souvent poreuses mais les efforts sont faits pour endiguer ce type de flux. Les mesures à prendre sont davantage des mesures de blocage des pistes clandestines. Mais lorsque nous bloquons les pistes connues, d’autres sont refaites. C’est un travail de Sisyphe. Mais au niveau des postes officiels de passage, la réglementation sur l’immigration est respectée. C’est au niveau des pistes clandestines que nous faisons des efforts, avec les moyens que nous avons, parce que les frontières sont vraiment poreuses.

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