Société

Zone des trois frontières : au rythme du covid-19

Le flux des déplacements a baissé à Kye-Ossi. De faible intensité, les échanges commerciaux restent à l’ordre du jour.

« Je t’avais déjà remis tout ce qu’il fallait. Maintenant j’attends juste l’ouverture. » « Prends d’abord une. Le soleil de cet après-midi est particulièrement violent ». Conversations captées dans l’après-midi du mercredi 25 mars entre des commerçants. Installés à la frontière qui sépare le Cameroun du Gabon à Kye-Ossi, ils attendent de rejoindre l’autre côté du fleuve Kye. Les uns étanchent leur soif. Les autres font les derniers réglages à la douane, auprès des services phytosanitaires et au dispositif sanitaire installé pour la circonstance. Derrière eux, huit camions chargés de vivres frais attendent de passer la frontière. C’est le règlement ici depuis le mercredi 18 mars. Les entrées et sorties dans le territoire camerounais ne sont plus pareilles. Avec la survenue du coronavirus au Cameroun, la circulation entre les deux pays a été restreinte aux échanges commerciaux.
L’arrondissement de Kye-Ossi dans le département de la Vallée du Ntem, région du Sud, constitue la limite entre les deux pays. C’est ici que s’effectuent tous les passages. Ils ont été régulés par les autorités administratives. « Au lendemain des mesures instruites par le chef de l’Etat et prescrites par le Premier ministre, nous avons complètement fermé la frontière. Aucun passage n’était alors autorisé. Le même soir, un autre arrêté des services du Premier ministre autorisait la poursuite des échanges commerciaux avec les pays voisins », relève Joseph Victorien Happi de Nguiamba, sous-préfet de Kye-Ossi. Une organisation est mise en place pour faciliter ces échanges commerciaux. « La frontière est ouverte chaque matin entre 8h et 9h pour l’entrée des véhicules de marchandises venus s’approvisionner. Elle est rouverte entre 17h et 17h30 pour la sortie », souligne-t-il.
La joie à l’ouverture
La mesure appliquée sur le terrain n’arrange pas toujours les commerçants. Ils le ressentent davantage les jours de marché à Kye-Ossi. C’est le cas ce mercredi. « J’ai trois camions garés ici depuis 10h. J’ai fini de charger la banane plantain, les condiments verts, les choux et autres oignons. Ces marchandises vont à Libreville, à plus de 600 km de Bitam qui est de l’autre côté de la frontière. Elles ne seront plus en bon état à leur arrivée », se désole Charles Eto’o Engo, opérateur économique et propriétaire de camions marchandises. Anxieux dans son pardessus, il fait des allers et venues auprès des officiers du poste frontière pour faire passer en premier ses camions. Les autres font pareil. « J’essaie juste d’expliquer la situation à mon partenaire du côté du Gabon. Mais ils ont compris qu’avec les nouvelles mesures, c’est plus compliqué désormais », affirme Patrick Dongmo, accompagnateur d’un conducteur de camion. Lui aussi fonce au poste frontière. Tous sont heurtés au silence des officiers de police chargés d’exécuter les ordres. En attendant, les autres règlent leurs factures à la douane. Au passage, il y a de la banane plantain, du manioc, du macabo, du maïs, du haricot, des oignons, de l’ail et d’autres vivres frais qui quittent le Cameroun pour le Gabon.
A 16h40, le commissaire de sécurité publique arrive sur les lieux. Un brin de bonheur se lit sur le visage des commerçants et des conducteurs de camions. Ils grimpent à toute vitesse dans leurs véhicules. C’est signe que la frontière sera ouverte sous peu. « Nous faisons le déplacement chaque jour pour ce moment, afin de s’assurer que tous ont passé les contrôles nécessaires et sont en règle avant de passer la frontière », indique le commissaire Mballa. Dix minutes plus tard, les vrombissements des moteurs se font entendre. Les uns veulent doubler les autres pour passer en premier la frontière. La barrière est lentement, mais sûrement, ouverte par un des officiers. Aucune accélération n’est permise. Six camions passent en premier. Un autre est bloqué. Après négociations, lui aussi traverse. C’est alors que des pousse-pousse chargés d’eau, de boisson gazeuse et autres bouteilles de gaz tentent aussi la traversée à pied. Les propriétaires sont stoppés net. Ce sont des Camerounais qui espéraient rejoindre l’autre côté avec l’ouverture momentanée de la frontière. Les cris commencent à se faire entendre. Certains insistent. Sans succès. A 17h20, la barrière se referme. La prochaine ouverture est fixée au lendemain pour l’entrée de camions marchandises venus se ravitailler.
 

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