L’Afrique face à ses responsabilités

En ces temps d’incertitudes, il est réconfortant pour l’Afrique de voir à quel point le reste de la communauté internationale s’intéresse au sort de ses populations. Le récent entretien du Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies sur les ondes d’une radio internationale est une preuve de plus. Face au fort taux de progression du coronavirus dans le monde, Antonio Guterres s’inquiète de la situation des pays en développement et plus particulièrement de l’Afrique où « la propagation sans limite du virus pourrait atteindre les 60 à 70 % de la population ». Pour alarmiste qu’elle puisse paraitre, cette sortie n’est pas isolée. Elle intervient après la sonnette d’alarme tirée il y a quelques semaines par le Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Alors que le monde entier était focalisé sur la Chine, alors principal foyer de l’infection et que la menace semblait encore lointaine pour l’Afrique, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus invitait déjà son continent d’origine à « se réveiller » face à la menace du nouveau coronavirus, ajoutant qu’il fallait « se préparer au  pire dès aujourd'hui ». 
Pourquoi tant d’attention pour l’Afrique, pourrait-on se demander ? Tout simplement parce que la fragilité des systèmes de santé et le manque de moyens financiers dans la plupart des pays rendent particulièrement vulnérable cette région du monde. Si déjà les pays du G20 qui représentent 80% de l’économie mondiale et 90% des infections ont du mal à juguler la pandémie, on imagine la somme des défis à relever dans les pays moins nantis. Dernière région du monde à être affectée par le fléau, le Berceau de l’humanité était jusqu’ici relativement épargné, tant au niveau des cas confirmés qu’à celui des morts enregistrés. Toujours est-il que le retard enregistré par rapport à l’Asie et à l’Europe est en train d’être comblé plus vite que prévu. Et du coup, nos populations sont elles aussi dans l’œil du cyclone. 
Le SG de l’Onu est conscient de la nécessité d’engager une riposte globale face à un fléau planétaire. Car seule une stratégie coordonnée entre Etats et continents pourrait permettre de trouver des médicaments et des vaccins efficaces et briser ainsi la chaine de la transmission. Le Plan humanitaire mondial de 2 milliards de dollars est déjà un début de solution, même si les besoins de l’Afrique avoisinent les 150 milliards de dollars selon certaines estimations. 
Sans vouloir minimiser l’importance des soutiens multiformes obtenus jusqu’ici dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, il semble utile d’observer que l’Afrique ne saurait se contenter d’être un simple objet de la commisération internationale. Elle doit se prendre en charge, en devenant un acteur incontournable de sa propre lutte pour la survie et celle de ses populations. Ne soyons pas naïfs au point de croire que les pays riches pourraient privilégier les victimes africaines par rapport aux leurs. D’éminents spécialistes africains sont d’avis que la pandémie n’en est qu’à ses débuts sur notre continent. Face à une contagion qui n’épargne personne, le sort des Africains repose d’abord entre leurs propres mains. Il est temps de mettre à profit le trésor d’imagination dont regorgent nos sociétés pour trouver des solutions adaptées à notre environnement en vue de combattre, voire éradiquer ce virus d’un nouveau genre. On peut certes compter sur le savoir-faire et le dévouement de nos médecins et chercheurs, mais aussi   sur les trésors insoupçonnés de la pharmacopée traditionnelle essentiellement basée sur l’utilisation des plantes et des écorces. Même  si l’efficacité de certaines décoctions n’est pas encore prouvée scientifiquement, on aurait tort de rejeter des solutions issues de nos riches traditions ancestrales. Au-delà de l’urgence de santé publique, le Covid-19 menace l’économie africaine dans ses fondements. Comme cela s’est vu avec certaines organisations comme la Cemac et la Cedeao, il est impératif de multiplier des cadres de concertation pour mieux affutent la stratégie de riposte face à l’épidémie sur le double plan régional et continental. 

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