26e anniversaire du génocide rwandais : sur fond de confinement

La commémoration de ce drame humanitaire se passe cette année dans un contexte de cantonnement dû au Covid-19

Cela fait 26 ans déjà. C’est le 6 avril 1994, peu avant 21h, que le destin du peuple rwandais bascule dans le sang. Le crash de l’avion présidentiel qui emporte Juvénal Habyarimana, le chef de l’Etat, un Hutu, est considéré comme une conspiration attribuée aux Tutsi. Les radicaux proches du président de la République se lancent dès le lendemain dans une tuerie vindicative qui restera dans la mémoire de l’humanité : trois mois de chasse à l’homme. Au bilan, un dixième de la population du pays emporté (environ un million de personnes tuées) par cette folie humaine. Chaque année, c’est une occasion de recueillement familial, collectif ou individuel. Les tombes sont revisitées par les familles, des prières sont élevées.  Cette année, le contexte impose un réajustement. Toutefois, la tradition de la commémoration sera observée puisque le coup d’envoi de ce triste anniversaire a été donné hier. Il se déroulera dans un contexte de confinement total au Rwanda. La plupart des évènements qui ont habituellement lieu dans tous les districts sont annulés et les Rwandais sont invités à se recueillir chez eux.
Jean-Pierre Sagahutu, 56 ans, rescapé du génocide, n’organisera pas la veillée comme chaque année en mémoire des siens perdus dans le drame. Il ne fera pas un tour à la pharmacie, proche du marché de Kigali où son frère travaillait. Le nom de ce dernier y figure toujours sur une plaque commémorative. Il ne prendra pas la route, comme à l’accoutumée pour Kibuye dans l’Ouest du pays. C’est dans l’hôpital de ce village que travaillait son père, assassiné à la fin du mois de mai 1994. Il y allait chaque année, juste pour revoir l’espace où son père se mouvait pour trouver des ressources pour la famille. 
Petite dérogation, cependant : une délégation conduite par Paul Kagame, le chef de l’Etat, s’est rendue hier au mémorial de Gisozi, à Kigali, à l’occasion de cette commémoration. D’autre part, des programmes télévisés ont été savamment conçus pour permettre « d’aborder tous les sujets que les rescapés et les Rwandais en général, souhaitent voir abordés durant cette période », a expliqué Jean-Damascène Bizimana, secrétaire général de la Commission nationale de lutte contre le génocide. Ces émissions devraient se poursuivre toute la semaine dans la perspective de cet anniversaire. Une occasion pour certains Rwandais d’engager des échanges avec leurs enfants dont certains ne connaissent le génocide qu’en voyant leurs parents seuls, dont les familles ont été décimées. 
 

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