« Les partis politiques doivent former leurs militants… »

Pr. Manassé Aboya Endong, politologue, directeur exécutif du groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique

Professeur, quel regard jetez- vous sur l’actualité politique en ce moment ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’actualité politique en ce moment est dominée par la mobilisation populaire contre la pandémie de la Covid-19. Cette mobilisation fait suite à l’appel à « l’union sacrée » expressément lancée par le président de la République lors de son adresse inhabituelle à la nation le 19 mai 2020. Dans un contexte de reprise des enseignements en présentiel, une telle mobilisation est une réponse favorable du peuple à cet appel à l’union sacrée contre cette pandémie. En clair, l’actualité politique est donc dominée, à la fois par des questions sociales portant sur la lutte contre la Covid-19, et la nécessité de la reprise des enseignements dans les établissements publics et privés, afin d’éviter aux plus jeunes de perdre une année scolaire ou académique, du fait d’un cas de force majeur dont le gouvernement s’attèle à limiter les effets pervers. Il n’y a pas d’élections en préparation.

Qu’est-ce qui, de votre point de vue, peut occuper les partis politiques, à l’exception de cette implication dans la lutte contre la Covid-19 ?

Les partis politiques doivent contribuer à animer la vie politique, confor- mément à la fonction de socialisation politique qu’ils remplissent par ailleurs. Pris dans ce sens, il faut s’abstenir d’entretenir et de pérenniser cette saisonnalité du jeu politique qui donne une représentation opportuniste de l’animation de la vie politique. Certes, dans la typologie des partis politiques, les partis attrape-tout (catch all parties) ou partis d’électeurs qui s’activent notamment en période électorale occupent une place de choix. Leur intention est souvent de ratisser large à l’approche d’une échéance électorale pour bénéficier du suffrage des électeurs, quand bien même ceux-ci ne seraient pas des militants convaincus des formations politiques qui les approchent le temps d’une échéance électorale. Toutefois, une telle conception du jeu politique et de l’engagement militant est risquée puisqu’à terme, elle entame la popularité des partis politiques qui empruntent cette voie et courent le risque de tomber dans la léthargie ou l’hibernation. Pour éviter de sombrer dans le militantisme politique saisonnier et/ou clignotant qui consiste à se mettre en activité avec une débauche particulière d’énergie à la veille d’une consultation électorale, les partis politiques doivent travailler à recruter davantage, à former leurs militants et à promouvoir leur(s) programme(s) de société afin de se rendre plus visible dans l’espace politique. Ceci passe par des séminaires de formation, des entreprises de communication hors contexte électoral. Une telle approche du fait militant est hautement bénéfique à l’entreprise politique. Elle permet d’exister politiquement et de construire une popularité qui survit au-delà des contextes électoraux.

S’agissant particulièrement de cette pandémie, comment jugez- vous l’apport des partis politiques ? Sont-ils vraiment très concernés par ce combat ? Si oui, comment ?

S’il est vrai que l’opportunisme est une vertu en politique, il reste constant qu’une récupération politique opportuniste d’une crise comme la crise sanitaire actuelle peut être maladroite, comme le démontre les velléités de politisation de la crise sanitaire observées ici et là. En effet, les nombreuses formations politiques ont montré un très grand intérêt pour la cause de la lutte contre la pandémie de la Covid-19. L’encadrement des populations, leur sensibilisation et leur éducation ont bénéficié d’un soutien important et décisif des partis politiques. Ceux-ci continuent de sensibiliser et d’éduquer les populations. Des dons divers (masques, cache- nez, gels hydro-alcooliques, savons, etc.) ont été régulièrement distribués aux populations pour soutenir « l’ef- fort de guerre » contre la Covid-19. L’implication des partis politiques est donc réelle. Au demeurant, il faut signaler pour le déplorer quelques velléités de politisation de cette crise sanitaire au Cameroun par des entrepreneurs politiques qui font manifestement feu de tout bois pour entretenir leur popularité virtuelle, fictive, ou réelle. Cette crise sanitaire nécessite, pour être gérée au mieux des intérêts des concitoyens, que tous ceux qui s’impliquent et s’inté- ressent à cette lutte le fassent pour l’intérêt supérieur de la nation. Même au plus fort des rivalités politiques et des grandes guerres, la détente a souvent permis de taire, au moins provisoirement, les querelles pour négocier une sortie de crise .

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