Aviculture : les producteurs font grise mine

La commercialisation du poulet de chair et des œufs de table à « bon prix » depuis plusieurs semaines est appréciée par les consommateurs, alors que les fermiers sont inquiets.

«Avant, nous devions aller au marché Casablanca acheter le poulet. Maintenant, le poulet vient à nous, même jusqu’à la maison ». Ces propos de Gertrude Malla, ménagère à Bafoussam, dénotent d’un constat : le marché de la volaille n’est plus à Bafoussam, le seul point de commercialisation des produits avicoles. Il est désormais commode de croiser des vendeurs d’œufs de table et des poulets de chair, sillonnant les quartiers, en proposant à la criée, leurs produits qu’ils transportent dans des portes-tout. Au détour d’un carrefour densément fréquenté et aux abords des marchés, c’est sans surprise qu’on se heurte à des fermiers qui commercialisent eux- mêmes, à bord d’un véhicule ou sur un étal de fortune, les œufs et les poulets.

Cette politique commerciale provoque une chute drastique des prix. Les alvéoles d’œufs qui coûtaient entre 1 300 F et 2 200 F, se vendent depuis quelques semaines entre 800 F et 1 500 F. Le poulet de 2 200 F est actuellement écoulé à 1 800 F, tandis que celui de 5 000 F se liquide à 3000-3500 F. C’est une aubaine pour les consommateurs qui se rappellent la pleine période de la grippe aviaire. Du côté des producteurs cependant, c’est la grise mine qui est affichée. Selon Léopold Kamga, éleveur et président régional de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic) à l’Ouest, il y a lieu de s’inquiéter. « Jusqu’à ce jour, les interdictions faites pour contrer la grippe aviaire, n’ont pas été toutes levées. Conséquence, les œufs que nous écoulions dans toute l’Afrique centrale et une partie de l’Afrique australe, restent chez nous », déplore-t-il.

Notre interlocuteur va plus loin et affirme que si rien n’est fait, le Cameroun sera bientôt en manque de poulets et d’œufs de table. Et pour cause ! A ce jour, certains opérateurs de ce secteur ont quitté le navire et la saignée se poursuit. Par ailleurs, les prix bas actuellement pratiqués sur le marché ne permettent pas aux producteurs de rentrer dans leurs frais. « Le coût de production d’un poulet est d’environ 2 000 F. Il est actuellement écoulé à 1 500 F. Soit une perte de 500 F par sujet dans le capital du producteur. Il en est de même pour les œufs de table », précise Emmanuel Ngnizeko, éleveur. Une saignée qui touche l’en- semble de la chaîne. Les producteurs de poussins quant à eux sont obligés d’étouffer leurs produits faute de pre- neurs. Les machines de produc tion d’aliments sont à l’arrêt. L’inquiétude de l’Ipavic, c’est donc d’aller vers une baisse généralisée de la production, avec pour conséquence la diminution de l’offre et la hausse des prix sur le marché .

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