« Ces violences permettent aussi à ce pays d'améliorer sa gouvernance »

Pr. Joseph Vincent Ntuda Ebode, professeur titulaire des universités hors échelle.

Quel regard jetez-vous sur les violences raciales qui secouent actuellement les Etats-Unis d’Amérique ?

Ces violences raciales m’inspirent plusieurs types de regards dont trois semblent fondamentaux.  Premièrement, que la gestion de la diversité au sein d’un Etat, qu’il soit unitaire ou fédéral n'est jamais aisée. Pour ceux de nos compatriotes qui pensent que nos divergences ne peuvent trouver des solutions viables et durables que si l'on change la nature de l’État camerounais, il y a là matière à réfléchir. Deuxièmement, on se rend compte que, malgré les efforts en matière des droits civiques des années soixante, le système américain pour ce qui est de la répression des minorités et particulièrement des Noirs n’a pas beaucoup évolué. En fait, on peut dire sans risque de se tromper qu’aux Etats Unis, il y a chaque année au moins une violence policière contre un Noir qui défie tout entendement humain. Troisièmement et de manière générale enfin, on peut dire que la démocratisation des moyens d'information via les réseaux sociaux, est de nature à parfaire la gouvernance des systèmes politiques. En réalité, même aux États-Unis, le pouvoir est soumis à une pression des opinions publiques jamais égalée auparavant. Et en réalité, ces violences qui mettent à nu le racisme structurel d’Etat aux Etats-Unis permettent aussi, en raison de leur mondialisation et de la honte qu’elles renvoient à la Nation américaine elle-même, championne toutes catégories des leçons de morales aux autres Nations, d'améliorer ses pratiques de gouvernance par introspection.

Comment un pays multiculturel comme les Etats-Unis peut-il sortir de ce cycle ?

En fait et comme je l'ai dit plus haut, cette question en apparence facile dans les discours n’est pas aisée à résoudre dans les faits. Sur le plan des équivalences fonctionnelles, elle n'est d’ailleurs pas loin de la gestion de nos diversités ethnico-tribales en Afrique. L'adoption aux Etats-Unis de ce qu' on a appelé l'affirmative action ou discrimination positive, qui renvoie d' une certaine manière à ce que nous connaissons chez nous comme étant l’équilibre régional, adoptée dans les années soixante pour réduire les inégalités raciales, a, après deux décennies de consensus politique, abouti dans les années quatre-vingt-dix, à un débat sur son équité, comme d’ailleurs chez nous, la politique de l’équilibre régional; puisque les mêmes sont valorisés ou défavorisés pour des raisons historiques qui leur échappent. Alors comment faire ? Il n'y a pas de recette toute faite. Donc, en plus de la recherche de l'équité que la théorie de la justice redistributive nous enseigne, il faut une dose de pragmatisme. 50% au mérite et 50% d'équité sociale pour des périodes fixes, pour toutes les communautés et de manière alternative, étant entendu que toutes les communautés sont dynamiques. En plus de ces politiques de redistribution, il faut un système éducatif qui mettent au centre, la République une et multiple (arc-en-ciel), avec des institutions apolitiques, qui ne soient pas au service d'une communauté, contre les autres... Ce n’est pas encore le cas aux États-Unis même si des efforts sont faits.

Comment interpréter les différentes condamnations qui fusent de part et d’autre de la communauté internationale ?

Les condamnations qui fusent de partout sont à la fois un signe de fatigue de la communauté internationale qui à intervalle régulier et sur une longue durée, vit des actes de même nature commis sur les Noirs. En vérité, on a l'impression que l’Amérique qui passe son temps à désapprouver les abus des droits humains ailleurs, fait très peu d'efforts pour améliorer ses propres performances vis-à-vis de ses minorités. Il s'agit donc aussi d'un message aux politiques américains. Qu’ils balaient d'abord leur propre maison, avant de s'occuper de celle des autres et se poser comme modèle universel.

Existe-t-il des instruments juridiques internationaux pour faire face à ces actes à répétition ?

Au sens strict non. Principalement parce que les quelques-uns sur la protection des droits humains qu'on pourrait instrumentaliser pour condamner à l'international ces pratiques, ne sont pas généralement reconnus, ratifier ou acceptés par les USA. Donc, il reste juste les actions et pressions diplomatiques. L'Union africaine pourrait ainsi par exemple, comme vient de le faire le président de sa Commission, vis-à-vis la Chine et des Etats-Unis, et chaque fois que de telles actes sont commis, prendre le leadership dans la condamnation et dans les pressions diplomatiques. L'image de l’Afrique se joue aussi dans ses humiliations à répétition des Noirs tant en Afrique que dans le reste du monde.

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