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Culture

Claude Ndam : la Voix du patrimoine

L’artiste célèbre pour avoir mis en avant dans sa musique les richesses traditionnelles du Cameroun et de ses origines Bamoun s’est éteint le 12 juin dernier à 65 ans

Il est de ces musiciens dont toutes les générations fredonnent les chansons, parfois sans en connaître l’auteur (ou en comprendre les paroles), tant elles portent le poids de l’héritage musical. Claude Ndam, né Ndam Njoupit Claude Alphonse et son tube « U Nguo Ya » rentrent dans ce registre. Lui qui à travers son rendement cède au patrimoine artistique national toute sa noblesse.

Son titre de « Griot moderne », il le mérite et l’assume aux prémices de sa carrière dont on peut fixer le départ en 1983, avec ce tout premier spectacle produit par le Centre culturel français de Yaoundé. En Bamoun, mais pas seulement (car il a chanté en plusieurs autres langues du pays), il a su faire passer des messages rassembleurs, qui retentiront encore, même après son décès le 12 juin dernier, à l’âge de 65 ans.

Son cœur, source de mélodies profondes et entraînantes, a finalement succombé à cette troisième attaque survenue comme par la force du hasard sur scène, un soir de février 2020 à Kye-Ossi, dans la région du Sud. Et depuis, chaque minute a été une course contre la montre, une bataille pour la vie. Ce digne fils du Noun, a pourtant vu le jour un 27 mai 1955 à Yaoundé. C’est dans la capitale qu’il découvrira son amour pour la musique, présent dès les bancs, à l’Ecole départementale des garçons de Yaoundé et au Lycée général Leclerc.

Son grand- père, un centenaire, lui glisse les contes et autres légendes ancestrales, qui plus tard alimenteront son art. Discret mais tellement drôle comme le décrit la majorité de ses amis et connaissances retrouvés au domicile familial sis au quartier Messa à Yaoundé, Claude Ndam avait ce don d’apporter la bonne humeur. D’ailleurs, il aimait bien amuser son monde, et a tiré une grosse part de son essence artistique sur les planches de l’humour. Une facette que beaucoup ignorent de l’homme, mais ce n’est pas Kouokam Narcisse, son ami et célèbre humoriste camerounais qui dira le contraire. En vieux compagnons de route, ils vont, avec d’autres grands noms de la culture camerounaise (Essindi Mindja, Koko Ateba, Ottou Marcelin…) bousculer plusieurs portes de l’univers de la création et du rêve, que ce soit au « Club Manu Dibango», au Yaounde University Music (YUM)  une des composantes de l’ensemble universitaire, ou à l’émission « La roue libre » sur Radio Cameroun. Sur ce terrain dirigé par Lucien Mamba en toute fin des années 70 et à l’ouverture des Eighties, les talents viennent des quatre coins de la nation brandissant leur faire-valoir. Pour Claude Ndam, ce sera, dans un élan avant-gardiste, l’alliage entre ses origines du Noun et les sonorités rock et funk.

Sa guitare, il la tenait de son père fonctionnaire, Israël Ngoucheme Yeyap, mais il ne la lâchait plus, lui qui n’avait d’yeux que pour les instrumentistes d’ici et outre-frontières. De Charles Lembe à Earl Klugh, en passant par Georges Brassens, George Benson, ou John Lee Hooker, pour ne citer que ceux-là, Claude Ndam voyait en ces érudits de la guitare des maîtres. Il agrémentait leurs profils après les avoir trempés dans sa sauce culturelle. C’est de ce procédé que naîtront des phénomènes comme « U Nguo Ya », enregistré en 1989 au Studio Transat à Paris, le mythique temple du groupe antillais Kassav’, mais aussi « Mona La Veve », « Nka yi », « Fa Ya », «Kwette », ou « Nshu Pomut Tena» duo avec La Rhodia, autre ambassadrice de la culture Bamoun, et la liste n’est pas exhaustive.

Ses opus sortis dans les années 2000, comme « Pawa », continuent même près de 40 ans après ses débuts (il a célébré ses 30 ans de carrière en 2013), à suivre ce canevas métissé, entre timbres locaux et étrangers. Les jeunes artistes tels que Sanzy Viany ou Stanley Enow avec qui il a servi en 2017 une reprise de son titre « L’amour » s’identifient et voient en lui le chemin à suivre.

Sa quête d’un vivre-ensemble culturel, Claude Ndam se plaisait à l’inculquer aux autres. Déformation professionnelle de celui qui, en-dehors de la musique, avait un souffle professionnel dans le secteur de l’éducation (il a travaillé au ministère de l’Education a nationale et au Centre d’Edition et de promotion pour l’enseignement et la recherche/CEPER). C’est donc un homme aux facettes multiples, chevalier de l’Ordre national de la valeur, ennobli Nji par le Sultan des Bamoun, qui quitte la scène, en la laissant remplie de souvenirs inoubliables.

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