Politique

«Toutes ces démarches sont essentiellement discrètes, non tapageuses »

Pr Mathias Eric Owona Nguini, socio-politiste, Université de Yaoundé II.

Professeur, Paul Biya, homme de paix  et grand sage en Afrique. Quels sens et résonnance?

Lorsque l’on évoque le président Paul Biya comme un sage et un homme de paix, il s’agit déjà de tenir compte de sa longue expérience en tant qu’homme d’Etat, qui lui a permis d’avoir une connaissance des arcanes de la politique internationale en général, de la politique africaine en particulier. Et lorsqu’on dit en particulier que le président Paul Biya est un homme de paix, c’est parce que de manière directe ou indirecte, il intervient dans la résolution d’un certain nombre de crises africaines, notamment en Afrique centrale. Et on s’appuie sur lui précisément, en raison de son expérience et aussi en raison de son orientation comportementale. De manière naturelle, Paul Biya est un homme plutôt pondéré, plus porté à la tempérance qu’aux conflits.  Lorsqu’il dit « sage », on fait évidemment référence à l’expérience et à la manière d’en tirer parti. Le président Paul Biya est aujourd’hui quasiment le deuxième chef d’Etat le plus ancien en Afrique. Et il a eu le temps de voir les réalités de la politique internationale en général, et de la politique africaine pour en tirer les enseignements. A ce titre, sans flagornerie, on peut le classer parmi les sages.

On l'a notamment apprécié son implication dans l'alternance politique pacifique au Gabon, la stabilisation de la RCA, du Tchad entre autres. Obstination pour la paix ou quête de leadership ?

Le président Paul Biya n’est pas une personne expansive. Il n’est pas non plus porté au spectacle ou à l’agitation. S’il s’est impliqué dans la résolution de ces conflits, c’est par la nécessité. C’est parce que certains acteurs internationaux, extra-africains ou africains, ont sollicité sa contribution. Et effectivement, le président Paul Biya a pris une part dans la gestion pacifique de l’après Omar Bongo Ondimba. Il a joué un rôle de médiateur et de modérateur de tensions. Il a été d’une grande utilité dans la mise en place d’une transition présidentielle en République gabonaise. Bien entendu, il a aussi joué un rôle important dans la régulation du conflit centrafricain. Et cela est favorisé par le fait qu’en Afrique centrale, le Cameroun est l’un des Etats sur qui il faut compter. Lorsqu’il y a des situations de conflits, il apparait tout à fait naturel que le président camerounais soit appelé, pour contribuer à apaiser la situation.

 En dehors de la sous-région, le président Biya est également intervenu dans la médiation du conflit angolais ou pour l'indépendance de la Namibie. Comment appréciez-vous cette autre contribution ?

Ces contributions s’inscrivent dans les orientations importantes et anciennes de la politique étrangères du Cameroun. Notre pays a une certaine place dans politique menée par les Etats d’Afrique noire contre l’Apartheid.  A ce titre, le Cameroun a beaucoup appuyé le combat de certaines organisations de libérations nationales qui existaient dans cette sous-région, notamment en Namibie. De nombreux Namibiens ont justement été formés dans notre système éducatif camerounais. C’était une contribution que nous avons pu apporter à la libération de ce pays du colonialisme et de l’Apartheid. Compte tenu de son ancienneté, le président Paul Biya était effectivement l’un des chefs d’Etat africains qui pouvaient entrer dans la résolution de la longue crise angolaise, qui s’est fondée sur une guerre civile qui a duré plusieurs décennies et s’est cristallisée particulièrement autour de l’affrontement entre le MPLA dirigé par le président angolais d’alors, Eduardo Dos Santos d’un côté, et Jonas Savimbi, le leader de l’UNITA. Toutes ces démarches sont essentiellement discrètes, non tapageuses.  

 

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