Politique

« La préservation de la paix est un axe majeur de la politique étrangère »

S.E Dr Christian Pout, ministre plénipotentiaire, directeur du Séminaire de géopolitique africaine - Institut Catholique de Paris

Sur la scène internationale, le président Paul Biya a mené des actions en faveur de la préservation de la paix. On se souvient par exemple du non du Cameroun à la guerre en Irak. Quel commentaire suscitent ces prises de position du chef de l'État camerounais ?

La préservation de la paix est un axe majeur de la politique étrangère du Cameroun. Dès sa prestation de serment le 06 novembre 1982, le président Paul Biya qui est le chef de la diplomatie camerounaise a rappelé dans son discours, les choix fondamentaux de la politique extérieure du Cameroun tant au plan africain qu'au plan international. Il s'agit de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, du respect de leur souveraineté et de l'intégrité territoriale, de l'unité et de la solidarité africaine, de la lutte contre le colonialisme et l'apartheid, du développement du continent d'une part et de la paix entre les nations, du non-alignement et de la coopération d'autre part. Ainsi, le processus qui a conduit à la deuxième guerre en Irak en 2003 a donné l'occasion au Cameroun d'expérimenter sous le leadership du président Biya sa pratique diplomatique du non-alignement et du respect de l'équidistance au service d'une certaine idée de la paix dans les relations internationales et de la sauvegarde de l'intérêt national. En effet, on se souvient que la deuxième guerre en Irak a été préparée dès 2002,  notamment lorsque le président George W. Bush des USA, dans son discours sur l'état de l'Union du 29 janvier 2002, avait promis d'agir contre « l'axe du mal » formé selon lui par « l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord ».  Malgré les résolutions 1441 du 8 novembre 2002, sur notamment la poursuite des inspections et 1447 du 03 décembre 2002 sur notamment le programme pétrole contre nourriture, la question irakienne fait apparaître des crispations significatives sur la scène internationale. Le Cameroun siège au Conseil de sécurité de l'ONU où les dissensions sont à leur comble quant à l'engagement de la force militaire contre l'Irak de Saddam Hussein à laquelle il est reproché de détenir des armes de destruction massive. Il y a d'un côté le bloc anglo-américain qui a su convaincre de nombreux Etats sur tous les continents en faveur de la guerre et de l'autre des pays tels que la France, l'Allemagne, la Russie, la Chine qui ont aussi entraîné dans leur sillage de nombreux Etats opposés à l'option militaire à titre préventif. Avec le recul, on peut constater que bien qu'ayant été reçu à la Maison Blanche dans le contexte du déclenchement de cette guerre, le Cameroun de Paul Biya a fait entendre sa différence et su préserver ses intérêts auprès de ses alliés traditionnels. La finesse diplomatique de Paul Biya a permis au Cameroun de ne pas se brouiller avec ses partenaires de la communauté internationale au cours de cette séquence particulièrement tendue de la vie internationale.

Dans ce sillage, notre pays a également ratifié de nombreux instruments juridiques internationaux. Simple formalité ou option affirmée d'adhésion à la logique de paix ?

L'attachement du Cameroun au principe de la paix peut se vérifier à travers l'adhésion de notre gouvernement à divers instruments internationaux, qu'il s'agisse d'actes concertés non-conventionnels tels que des résolutions ou des déclarations ou qu'ils s'agissent d'engagements conventionnels. Les plus significatifs ici sont la Charte de l'ONU et l'Acte constitutif de l'Union africaine qui affirment clairement la sacralité de la paix. Dans le même sens, lorsque l'on considère les discours du président Paul Biya ou même ceux des ministres des Relations extérieures le respect de la logique de  paix y est toujours affirmé et traduit en actes concrets quand l'occasion se présente. C'est essentiellement le cas aussi dans ce que le Pr. Mouelle Kombi appelle la « valorisation des compétences internationales ». Pour un pays en développement, notre pays a un déploiement diplomatique remarquable au niveau bilatéral comme au niveau multilatéral. Suivant l'approbation et les instructions du président Paul Biya, les ministres des Relations extérieures, les ambassadeurs et les diplomates camerounais occupent le fauteuil du Cameroun dans toutes les instances politiques et diplomatiques où la voix de notre pays doit être entendue en faveur de la paix et du règlement pacifique des différends. Dans cette optique notamment et sous l'impulsion du chef de la diplomatie, ils sont quotidiennement présents à divers niveaux à l'ONU, à la l'Union africaine, à la CEEAC, à la CEMAC, à la Francophonie, au Commonwealth et à l'Organisation de la conférence islamique. 

Est-ce que la méthode du président Paul Biya, à savoir discrétion et non-ingérence, est adaptée aux nouveaux enjeux géopolitiques et géostratégiques internationaux ?

Permettez-moi de rappeler que ce qui caractérise les relations internationales contemporaines c'est leur complexité. Le monde semble être devenu illisible, incertain, indéchiffrable. La crise sanitaire actuelle est venue nous montrer une fois de plus que le monde entier et non plus seulement une petite partie de celui-ci est pleinement acteur de la mondialisation dont il faut distinguer cinq grandes dimensions (politique, culturelle, économique, sociale et juridique) d'âges distincts et qui se croisent. Dans ce contexte particulièrement dynamique où la conflictualité est omniprésente sous diverses facettes et modalités, l'on peut tirer trois leçons de la diplomatie de paix camerounaise sous Paul Biya: la prise en compte des réalités (1). Il a fait sienne cette formule du Général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre : « La diplomatie, sous des conventions de forme, ne connaît que des réalités ». Vous noterez donc qu’en matière de paix et sécurité, la politique étrangère du Cameroun ne se fonde pas sur des impressions, des a priori, des slogans. Elle s'appuie sur la connaissance des faits, des sociétés, des mentalités, des dirigeants. Des situations et de leurs évolutions. La deuxième leçon concerne la recherche de l'intérêt national. La politique étrangère du Cameroun sert le pays. Les valeurs morales et les principes juridiques éclairent les jugements et les positions de la diplomatie de paix et de sécurité du Cameroun. La claire conscience de l'intérêt du pays, de sa sécurité, de son économie guide les initiatives. La troisième grande leçon de la diplomatie de paix et de sécurité du président Paul Biya c'est l'indépendance. Le questionnement ici est celui de savoir à quoi il sert d'analyser objectivement les problèmes et d'identifier nos intérêts si nous n'osons pas penser et agir librement. Avec Paul Biya, la diplomatie de paix du Cameroun n'oublie jamais qu'une diplomatie qui s'aligne et pratique systématiquement le suivisme s'efface et s'anéantit.

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