« Des progrès significatifs dans le secteur de la production »

Thomas Ngue Bissa, coordonnateur national du Projet d’Investissement et de développement des Marchés agricoles (PIDMA).

Monsieur le coordonnateur, voici cinq ans que le projet dont vous avez la charge, est actif au Cameroun. A-t-il impacté à la fois l’agro-industrie et la vie des producteurs ?


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A date, un montant de 42 480 308 440 (Quarante-deux milliards quatre cent quatre-vingt millions trois cent huit mille quatre cent quarante) de F a été investi pour les différents volets d’intervention du PIDMA au profit des bénéficiaires, à savoir les infrastructures et équipements des coopératives, la fourniture du matériel végétal de qualité aux producteurs (semences et engrais), l’appui au financement des sous-projets des coopératives (transformation et commercialisation), etc. Le PIDMA compte à ce jour 78 coopératives conformes à l’Acte uniforme OHADA dans son portefeuille, soit plus de 143 000 producteurs actifs.  26 partenariats ont été signés avec 18 agribusiness partenaires, soit 87 contrats d’achat, fonctionnels entre les coopératives partenaires et ces agrobusiness, et 21 partenariats ont été signés avec les institutions financières : quatre avec des banques commerciales, un avec la Banque camerounaise des PME et 16 avec des établissements de microfinance (EMF).


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Qu’est-ce que ces partenariats ont apporté comme progrès concret à vos filières cibles ?


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On note des progrès significatifs, notamment dans le secteur de la production où les rendements sont quasiment passés du simple au double dans la filière maïs. Pour le sorgho, l’on est passé de 1tonne/ha en situation de référence à 1,67 t/ha et de 8t/ha en situation de référence à 23,5 t/ha pour le manioc. Jadis inexistantes pour certaines et mal organisées/mal structurées pour d’autres, grâce à l’encadrement technique et pédagogique du PIDMA depuis 2017, ces sociétés coopératives sont devenues de plus en plus dynamiques, structurées sous la forme « des entreprises agricoles conformes à l’Acte Uniforme OHADA » et accessibles aux services bancaires dû à l’amélioration de leur rating (notation, crédibilité renforcée). Aussi, le PIDMA a également intéressé les banques commerciales et les EMF à financer le secteur agricole avec près de 3,3 milliards de F de crédits accordés aux coopératives du portefeuille du projet, le montant des subventions du PIDMA s’élevant à 8,7 milliards de F, et la contribution des bénéficiaires à 1,7 milliard de F.  Le PIDMA a également des résultats phares dans la transformation de la chaîne de valeur du sorgho où deux unités de nettoyage et de stockage de sorgho servent aujourd’hui de référence, dont l’une à Maroua et l’autre à Garoua avec un chiffre d’affaires cumulé pour les deux coopératives bénéficiaires (CROPSEC et SOCOCCEN) qui s’élève à trois milliards de F, sans qu’aucun retard de paiement de leur crédit bancaire n’ait été observé. Des avancées significatives sont également enregistrées dans la chaîne de valeur du maïs où une accélération de la mise en place des unités de séchage est observée.  Dans le cadre du désenclavement des bassins de production, 111 km sur un total de 139 km de routes ont été réceptionnés, avec une spécificité de 55 km réalisés sur les 87 km de la route en cours de  bitumage, qui devient progressivement  un modèle,  toute chose qui donne une lueur d’espoir pour  l’atteinte de l’objectif sus visé, avant la clôture du projet.


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Vous avez parlé plus haut de 78 coopératives conformes à l’acte uniforme Ohada. Est-ce suffisant par rapport au grand nombre de producteurs qu’on enregistre au Cameroun ?


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Il convient de noter que le changement des mentalités des coopératives et l’instauration progressive de l’esprit coopératif fait également partie des résultats majeurs du projet. Toutefois, force est de reconnaître que le chantier de la structuration/maturation des coopératives n’est pas encore parachevé, en raison du temps et des ressources financières conséquentes qu’il faudrait réunir pour aboutir à l’autonomisation souhaitée de ces organisations paysannes. S’agissant de la performance financière, au 30 avril 2020, dans le portefeuille des projets de la Banque mondiale, le PIDMA est crédité d’un taux de décaissement des fonds jugé satisfaisant (Prêt IDA : 86,20% ; PHRD : 95%).


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En cinq ans et demi d’existence, quels sont les principaux obstacles auxquels vous avez fait face dans la mise en œuvre de ce projet ?


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Contrairement aux autres filières (maïs et sorgho), un retard a été observé au niveau de la chaîne de valeur du manioc, dû à l’absence en l’état actuel, des unités de transformation pour lesquelles les équipements importés sont bloquées à l’étranger en raison du Covid-19. Toutefois, la situation est appelée à s’améliorer avec les mesures de déconfinement qui sont en train d’être prises à l’échelle mondiale. De manière générale, la pandémie du Covid-19 a entraîné un ralentissement des activités sur le terrain auprès des coopératives. L’incapacité de certains prestataires de services a eu des répercussions sur l’exécution harmonieuse de certaines activités, d’où des cas de résiliations des contrats. Le PIDMA a mis en œuvre une démarche qualité et un mécanisme de gouvernance qui a mis en évidence des coopératives factices, plus préoccupées à capter des ressources qu’à réaliser les activités de leurs plans d’affaires respectifs sur le terrain. Bien que des sanctions aient été prises, il faut reconnaître que ces agissements ont eu un impact négatif sur l’exécution harmonieuse de certaines activités du Projet. A cela s’ajoute la forte pluviométrie qui a également impacté négativement sur les délais d’exécution des travaux des routes rurales. La crise sécuritaire dans le NOSO et une partie de l’Extrême-Nord sont également à déplorer.


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Quelles perspectives, à la fin du projet, pour les coopératives que vous encadrez depuis ces dernières années ?


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L’expérience du PIDMA pourrait inspirer le gouvernement et la Banque mondiale et nourrir la réflexion vers la mise en place de deux instruments, à savoir : une initiative dédiée exclusivement à l’accompagnement des coopératives et des agribusiness et un projet spécifique consacré au désenclavement durable des bassins de production suivant le modèle de la route bitumée qu’exécute actuellement le PIDMA.


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