Enfants vulnérables : de la rue à l'abri

Logés depuis trois mois dans des centres d'hébergement sociaux de Yaoundé, ces jeunes installés dans la ville depuis des années pour la plupart, cherchent à retourner en famille ou à être placés en institutions.

Dimanche 05 mai au Centre d’écoute et de transit de Yaoundé (CETY). Il est de 20 h. Un mois après le lancement de l’opération pilote de suivi et d’observation des enfants de la rue (EDR) en vue de leur retrait dans le centre commercial de la cité capitale et de leur réinsertion sociale et familiale, le coordonnateur du programme, Henri Nyambi III Dikosso décide de faire avec la centaine de jeunes présents, une balade dans la cité. En file indienne et très enthousiastes, ces jeunes âgés entre 10 et 23 ans gagnent leurs sièges. Dans le car, des responsables des services sociaux du ministère des Affaires sociales (Minas) et les leaders (des anciens enfants de la rue) les encadrent. Cette promenade de nuit est un moyen pour le chef du programme, de montrer à ces enfants à quoi la ville ressemble quand ils ne sont pas présents. Éric E, 15 ans, assis à l’extrême gauche du car, baisse totalement la vitre. Il est admiratif du spectacle qu’offre la cité capitale. Les rues sont illuminées, les jardins décorés avec plein de lumières, la circulation est fluide. Tous ces effets, on le croirait, l’impressionnent. Mais en réalité, il est très loin dans ses pensées. Le jeune homme pointe du doigt les endroits où il dormait, tout souriant. Il parvient même à reconnaître ses amis encore dans la rue. Occasion pour les responsables des services sociaux de faire d’une pierre deux coups.

À cette balade, on ajoute le ratissage du centre commercial à la recherche d’autres enfants. Éric se prête donc au jeu. Avec son aide, et celui des leaders, les endroits dans lesquels ils avaient l’habitude de séjourner dans la nuit sont identifiés. Poste centrale, Avenue Kennedy, Boulevard du 20 mai, Montée Âne rouge, environs de l’Hôtel de ville, etc. tous ces coins sont ratissés par l’équipe. Les leaders sont ceux qui vont à leur rencontre pour les convaincre de rejoindre les autres. « S’ils voient des visages qu’ils ne connaissent pas, ils fuient tout de suite ou alors ils deviennent très agressifs. C’est pourquoi nous allons à leur rencontre et nous parlons avec eux. Nous avons nos codes et un langage pas commun. Ils se sentent tout de suite en confiance quand on les utilise », explique Martial Eloungue Bassera, chef des leaders. Après deux heures de ronde plusieurs autres jeunes enfants retrouvent Eric et ses compagnons dans le car. Les convaincre de partir de la rue n’est pas toujours chose aisée. « Nous les rassurons et leur promettons un meilleur cadre de vie que celui de la rue, où règnent, vol, viol, et parfois assassinats. Nous essayons de leur faire part de nos expériences en tant qu’anciens enfants de la rue et par la suite ils nous suivent », poursuit Eloungue Bassera.

La vie dans les centres d’écoute

Suite à l’annonce du cas zero de l’épidémie du Covid-19 au Cameroun, Bobine d’or et le CETY deux centres sociaux, ont été réquisitionnés par le Minas pour confiner les enfants de la rue. A la base, le CETY situé à la Rue Ceper, avait pour mission de recevoir les enfants en diurne afin de leur offrir un espace d’écoute et leur permettre de se restaurer en termes d’hygiène, d’alimentation, de soins. Le centre reçoit les enfants âgés de 15 à 23 ans. Bobine d’or quant à lui, au quartier Ekounou, héberge les plus petits. Ceux âgés de 10 à 14 ans. Dans ces deux centres, le cadre de vie est tel que les enfants se sentent en famille et surtout en sécurité. Petit déjeuner, déjeuner, dîner, chambres à coucher, vêtements neufs, nécessaire de toilettes, encadreurs en qui ils voient généralement un parent, etc. petite différence, le CETY a en son sein une sorte de poste de police pour les enfants délinquants. Georges S 15 ans, vient de passer quelques heures dans cette cellule gardée par la police. Motif, le jeune garçon a été dénoncé par ses amis. Il serait en possession d’une drogue. Information vérifiée, puisque au cours de la fouille générale, la drogue a été retrouvée cachée dans le rectum du jeune garçon « C’est ce qu’ils ont l’habitude de faire mais nous sommes là pour y veiller. Dans la rue, ils sont exposés à toutes sortes de dangers et décident de se protéger comme ils peuvent. Ils reviennent de la très agressifs, violents, et ne mesurent pas très souvent les actes qu’ils posent. Et nous sommes là pour les aider à se débarrasser de cet esprit de rue qui est nocif pour eux et pour leur entourage », explique Adalbert Atangana, directeur du CETY. Et exactement, à la moindre distraction, certains parviennent à fuguer des centres. Ils se sont tellement familiarisés à l’environnement de la rue qu'il est difficile de s’en séparer. Seulement, les éléments de M. Nyambi ne baissent pas les bras d’autant plus qu’avec la survenue de l’épidémie du Covid-19 il était plus qu’impératif de ramener ces enfants dans les centres pour leur confinement. « C’est devenu une tradition. Tous les soirs sont pratiquement réservés au ratissage de la ville à la recherche de ces enfants. Notre objectif est non seulement de procéder à une réinsertion sociale et familiale de ces jeunes qui parfois viennent de différents horizons », poursuit le directeur. Parmi eux, des Nigérians, des Centrafricains des Tchadiens, des Gabonais. Et pour les resocialiser, le ministère a prévu des activités bien précises .

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category