Economie

« Nous devons détecter des initiatives prometteuses »

Serge Armel Ndjidjou, promoteur de start-up.

Le Covid-19 aura renforcé la place du numérique dans les habitudes des Camerounais. Peut-on dire qu’il était temps ?
Il y a incontestablement un boom de l’usage des outils et applications numériques. Il en restera forcement quelques habitudes nouvelles et surtout pas de réticences et d’appréhensions effacées. Beaucoup d’acteurs socio-économiques, des décideurs notamment, ont par nécessité éprouver l’intégration du numérique dans leurs interactions professionnelles. Ils en ont certainement découvert le potentiel et les contraintes. Il est probable que les attitudes évoluent positivement vis-à-vis du numérique. Il reste à espérer que cette dynamique s’amplifie et irrigue toute la société, pour ne pas être porteuse d’une fracture entre une sphère sociale connectée, et une autre en marge déconnectée.
Il faut tout de même des préalables à l’adoption totale du numérique notamment les équipements de qualité, la systématisation des équipements Tic dans les entreprises, etc. A votre avis, qu’est-ce qui pourrait être fait pour créer un environnement favorable à l’utilisation optimale des TIC ?
Je crois que le levier essentiel pour les mutations numériques reste les ressources humaines. Notre système éducatif doit efficacement permettre une appropriation aisée des outils numériques, en formation initiale ou continue. Il faut vraiment un plan numérique dans l’éducation pour espérer être à la hauteur des enjeux contemporains. Ensuite, il faut clairement faciliter l’accès aux outils numériques, par la défiscalisation des équipements, l’investissement sur les infrastructures de connexion et la disponibilité de la connexion dans un maximum d’espaces publics (campus, bibliothèques, gares routières, télécentres communautaires …).
Internet continue de coûter cher au Cameroun, la qualité aussi reste à désirer, constituant un frein pour le déploiement du numérique. Comment pourrait-on y remédier ? 
Nous avons la chance au Cameroun d’avoir un opérateur majeur qui appartient à l’Etat. La qualité de service et les prix de cet opérateur peuvent imposer un standing qualité et de prix à l’ensemble des acteurs. Il faut en particulier veiller à une desserte totale du territoire, pour éviter des ghettos qui marginalisent certains Camerounais.
Les jeunes sont de plus en plus présents dans ce secteur, des idées pullulent ci et là. Comment faire pour que l’environnement soit plus favorable à l’éclosion de ces talents? 
Il faut certainement tenir la main aux plus entreprenants qui proposent des solutions à fort potentiel. Il faut donc une veille objective pour détecter des initiatives prometteuses au Cameroun et dans la diaspora. Le secteur numérique est très compétitif et à l’échelle mondiale, il faut bien cibler et miser sur la qualité. Le saupoudrage des ressources sur la quantité n’est pas efficace. On peut observer actuellement une panoplie d’initiatives, presque toutes basées à Yaoundé, qui sélectionne sur dossier les porteurs de projets pouvant prétendre à un soutien. Ce n’est pas réaliste. Le talent entrepreneurial, comme le talent artistique ou sportif ne se détecte pas dans un dossier. Nous devons surtout détecter et amplifier des initiatives qui revendiquent déjà un minimum de succès pour asseoir le label Cameroun dans une compétition technique et commerciale qui est mondiale.
L’arrimage au tout numérique serait aussi l’arrimage au e-commerce, dans un contexte où la sécurité des données n’est pas toujours assurée, de quelles précautions faut-il s’entourer pour mieux encadrer cette activité ? 
Evidemment, le numérique ouvre des perspectives alléchantes et couvent aussi de grands risques. La désinformation, l’escroquerie en ligne, les virus, les intrusions malveillantes sur des bases de données peuvent avoir des conséquences catastrophiques. L’adoption du numérique doit se faire avec une foule de précautions. L’éducation au numérique dans notre système éducatif est donc indispensable pour développer un ensemble de reflexes. La circulation dans le cyberespace est codifiée et nécessite une culture appropriée. Il faut notamment dans un contexte professionnel, avoir une stratégie claire de sauvegarde, des antivirus à jour, une gestion rigoureuse des accès, une traçabilité des transactions. Il faudrait aussi que nous fassions émerger au maximum des outils et des applications camerounais pour limiter l’externalisation systématique des données sensibles.
 

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