Société

Fistules obstétricales, prolapsus génital : des femmes retrouvent leur dignité

Une campagne d’opérations gratuites organisée depuis le 29 juillet à Yaoundé permet à plusieurs femmes de bénéficier d’une reconstruction de leur appareil génital.

« J’avais 17 ans et c’était un accouchement difficile. Le médecin a décidé de me faire subir une césarienne. Depuis lors, je me fais pipi dessus sans contrôle. » Becky E. a honte de ce qui lui est arrivée en 2001 alors qu’elle voulait mettre au monde son enfant à 17 ans. En plus d’avoir perdu l’enfant, la commerçante a hérité d’une incontinence urinaire suite à cette césarienne menée à l’hôpital de district de Ntui, dans le département du Mbam-et-Kim. Mercredi 5 août dernier, la jeune trentenaire avait retrouvé un peu de son sourire. Couchée dans un lit d’hospitalisation du Centre médico-chirurgical d’Essos à Yaoundé, elle a bénéficié d’une intervention chirurgicale le 29 juillet. Depuis lors, Becky se sent un peu mieux. Cette dame subit en fait une nouvelle opération, après celle de 2008. Elle a parcouru les campagnes gratuites durant ces années, espérant avoir une solution. En vain. Elle s’est alors terrée dans la maison familiale avec sa mère, pour éviter les railleries de son entourage.
Histoire tout aussi douloureuse pour Berthe N. A 73 ans, la veuve a vécu une situation inédite. « Quelque chose sortait de mon vagin et pendait. Je pensais que c’était la conséquence de la dysenterie que j’ai traînée pendant plusieurs années », raconte-t-elle. C’était un prolapsus génital. En français facile, l’utérus, la poche à urine ou la poche à selles sort du vagin au moindre mouvement. La mère de huit enfants subissait ce qui pouvait être une conséquence de ses nombreux accouchements. Elle a bénéficié d’une intervention le 29 juillet dernier. « J’avais très peur. Je n’avais jamais été opérée. Mais l’anesthésiste m’a beaucoup rassurée. Le gynécologue m’a littéralement sauvée en réparant cela » se réjouit-elle.
Des libérateurs. C’est ainsi que ces femmes perçoivent l’équipe médicale qui prend soin d’elles. En tête de file, le Pr Pierre Marie Tebeu, gynécologue obstétricien et point focal pour l’Afrique centrale de la Fondation genevoise pour la formation et la recherche. « Nous avons voulu nous appesantir sur la prise en charge thérapeutique de trois maladies dites de la honte : les fistules obstétricales et non obstétricales, le prolapsus génital et l’incontinence urinaire », dit-il. Selon l’expert en fistules obstétricales, les facteurs de risque sont liés à un traumatisme suite à un accouchement ou à un avortement. Autres facteurs, la petite taille chez les femmes, le bassin pas assez mature avant 18 ans, le manque de moyens et de ressources humaines compétentes, entre autres. Au 5 août dernier, 14 femmes avaient déjà bénéficié de ces interventions chirurgicales. Dix autres sont en attente pour ce vendredi, dernier jour de la campagne.
 

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