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« Cette apparition annonce des jours meilleurs »

Pamphile Yobé, secrétaire général du Ngondo.

Le Mbéatoè est apparu en fin de semaine dernière. De quoi s’agit-il exactement ?
C’est un crustacé, une forme de crevette. Pour les Sawa, c’est un produit de mer mythique qui apparait de manière périodique. Mais une périodicité irrégulière. Elle peut être de deux, trois, voire cinq ans, selon ce que nous avons observé jusqu’ici. Le Mbéatoè n’apparaît que dans la Dibamba et le Wouri. Et aux mêmes endroits. Contrairement à la plupart des poissons et crustacés, on le voit en surface. Ce sont les pêcheurs qui se trouvent sur le fleuve au moment de leur apparition qui l’annoncent. Et il ne se pêche pas comme les autres poissons ou crustacés ordinaires. D’où son nom, qui signifie littéralement « divinité à ramasser ». Nous notons qu’ils apparaissent sans qu’on ne sache d’où ils viennent, et disparaissent de la même manière. Ils apparaissent en abondance pendant trois jours et au quatrième jour, on se rend compte qu’ils ont disparu. « Mbéa » en langue Sawa signifie pipe. Et le mot pipe fait ici allusion aux pinces parce que les Mbéatoè mâles ont deux paires de pinces au-dessus de leur tête. Comme c’est des poissons mythiques, on attribue leurs origines à des divinités aquatiques.

On parle d’un lien avec et la dénomination de notre pays…
Oui. Le Cameroun tient son nom de ces Mbéatoè. Quand les Portugais sont arrivés ici, au 15e siècle en remontant le fleuve, ils ont vu ces espèces de crustacés qui flottaient pratiquement à la surface du Wouri. Et le Mbéatoè apparaît par bancs sur une très grande surface du fleuve. Pour ces explorateurs c’était une curiosité et ils ont vite fait de baptiser le Wouri « Rio dos Camaroes », c’est-à-dire rivière des crevettes.

Il se dit que leur apparition annonce des jours de prospérité…
Effectivement. C’est la signification qu’on donne à l’apparition du Mbéatoè. Généralement, pour ne pas dire toujours, après son apparition, il y a par exemple abondance de poissons. Les pêcheurs aiment bien quand le Mbéatoè apparait parce qu’ils savent que les pêches seront fructueuses, tout au moins dans la période qui suit. Sinon, d’une manière générale, la population est contente de l’apparition de ces crustacés parce qu’ils annoncent des jours meilleurs.

Y a-t-il un cérémonial autour de la cuisson et de la consommation du Mbéatoè ?
Les habitudes changent et même la tradition s’adapte à son époque et à son environnement. Si vous allez au pont sur le Wouri, vous allez trouver qu’on vend le Mbéatoè. Originellement, le Mbéatoè ne se vendait pas. C’est un crustacé noble qui ne peut pas se vendre parce qu’il s’agit d’une manne offerte par nos divinités. Nous l’avons reçue de manière gratuite, offrons aussi de manière gratuite. Au plan culinaire, il y va de la dextérité de chacun. Il se mange en bouillon, en fritures etc. Certains l’aiment et d’autres pas, même parmi les Sawa. Mais tout le monde est content de son apparition, qui augure des lendemains meilleurs.
 

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