Politique

« L’apport de la région est multiforme »

Dr. Ndock Nicolas Serge, enseignant de science politique à l’université de Ngaoundéré.

La convocation des collèges électoraux par le président de la République marque un tournant décisif dans l’élection des conseillers régionaux. Quel est la place de cet organe dans la consolidation de la dynamique de décentralisation ?

La région, en tant que collectivité territoriale décentralisée, est prévue et encadrée par la Constitution du 18 janvier 1996, et par la loi du 24 décembre 2019 portant code général des collectivités territoriales décentralisées. L’apport de la région prise comme collectivité territoriale décentralisée est protéiforme et multiforme. Au plan économique par exemple, les ressources et le ressort territorial de la région sont beaucoup plus importants que ceux des autres collectivités territoriales. Cet état des choses permet une plus grande articulation des politiques publiques d’aménagement du territoire et de développement au niveau local.

Des manœuvres déjà ont cours au sein des partis en vue de l’investiture des délégués départementaux. Quels critères devraient guider le choix des représentants des formations politiques ?  

Les règles du jeu politique, notamment pour ce qui est de l’élection des conseillers régionaux, sont connues. Les règles liées à l’investiture des délégués départementaux le sont d’autant. Le nombre de délégués départementaux et les exigences de constitution des listes électorales sont déterminés par la réglementation en vigueur. Les entrepreneurs politiques opérant au sein des partis politiques sont bien au courant de ces règles de la gouverne publique et politique encadrant le jeu électoral local. Les principales crises qui pourraient surgir en lien avec les investitures sont celles dont les partis politiques sont coutumiers, notamment celles inhérentes aux tensions circonstancielles entre la base politique et le sommet politique. Si jamais elles survenaient, les crises liées aux investitures ne seraient pas une nouveauté politique. En revanche, le strict respect de la règlementation en vigueur dans le choix des candidats à investir et le respect du compromis politique établi au détour des enjeux et des intérêts locaux entre la base et les dirigeants des partis engagés dans le scrutin, pourraient empêcher l’émergence des crises internes au sein des partis politiques.

Comment entrevoyez-vous l’investiture des représentants de l’autorité traditionnelle ?

Le Code électoral a clairement prévu que les représentants du commandement traditionnel sont élus par un collège électoral composé des chefs traditionnels de 1er, 2e et 3e degrés autochtones et au scrutin de liste majoritaire à un tour. Pour éviter les frustrations, les représentants du commandement traditionnel doivent être des chefs traditionnels autochtones élus par leurs pairs, en conformité avec les quotas départementaux prévus par le décret du 2 septembre 2020 fixant le nombre de conseillers régionaux par département et par catégorie. L’on doit aussi clairement écarter du collège des pairs élisant les chefs traditionnels, en conformité avec le code électoral, afin qu’il n’y ait pas de confusion, les « chefferies de communauté » qui sont des sortes de chefferies sui generis instituées en violation du décret de 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles et au mépris de la cosmogonie, de la théogonie et de la coutume locales.

Certaines formations politiques appellent au boycott de ce rendez-vous électoral. Votre regard ?

Il est vrai qu’il y a des formations politiques qui appellent au boycott de cette élection pour diverses raisons. Si cet appel au boycott peut pousser les partisans de ces formations politiques à ne pas prendre part au scrutin, il est quasiment impossible qu’il puisse empêcher la tenue de ce rendez-vous électoral, d’autant plus qu’il s’agit d’un scrutin indirect dont les électeurs sont les conseillers municipaux et les chefs traditionnels autochtones. Il est expédient de faire constater que le parti politique qui a le plus grand nombre de conseillers municipaux, le RDPC, et les autres partis de la majorité présidentielle dont l’UNDP, vont prendre part à cette élection afin de consolider leur ancrage politique local. D’autres partis tels que le PCRN qui ont obtenu pour la première fois des mairies lors du scrutin de février 2020, annoncent déjà leur future participation à l’élection des conseillers régionaux.

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