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Parité des primes dans le football : les lignes bougent

L’Angleterre et le Brésil ont rejoint le cercle restreint des pays qui offrent des primes identiques à leurs sélections masculines et féminines.

La semaine dernière, la Fédération brésilienne de football (CBF) a fait une annonce jugée « historique » par la sélectionneuse de la Seleçao, Pia Sundhage : désormais, les joueurs et joueuses de la sélection nationale toucheront le même montant en termes de primes de tout genre (primes journalières, primes de match gagné, primes de participations, etc.). « L’an prochain, elles gagneront les mêmes primes que les hommes lors des Jeux olympiques. Et pendant la prochaine Coupe du monde, le montant sera le même, proportionnellement à ce qui est attribué par la FIFA », a expliqué le président de la CBF, Rogério Caboclo. Une victoire pour Marta et ses coéquipières dans un pays jugé machiste, où les femmes avaient de la peine à avoir de la visibilité. Mais la dernière coupe du monde en 2019 et ses records d’audience au Brésil ont quelque peu changé la donne. L’Angleterre a annoncé l’effectivité de cette parité pour ses sélections masculine et féminine depuis janvier 2020. Avant ces deux pays, seules la Norvège (après l’accord de la sélection masculine pour que leurs primes soient baissées pour compenser celles des filles), la Nouvelle-Zélande et l’Australie traitent depuis deux ans leurs équipes nationales au même pied d’égalité. L’Afrique du Sud avait aussi décrété une « quasi-parité » entre ses sélections pour la première qualification des Banyana Banyana à la coupe du monde l’an dernier.
L’avancée, appuyée par la FIFA qui met un peu plus de moyens pour développer le football féminin, est indéniablement notable dans un environnement où les disparités restent énormes. Aux Etats-Unis, les championnes du monde 2015 et 2019 ont été déboutées en mars dernier par un juge après avoir attaqué leur fédération en justice pour « discrimination institutionnelle fondée sur le genre ». Megan Rapinoe et ses coéquipières se basaient notamment sur le fait 
qu’en matière de performances et de palmarès, elles sont bien loin devant leurs homologues masculins. Pour la dernière coupe du monde en France, les Lionnes indomptables souhaitaient recevoir autant que les hommes pour leur participation, soit près de 50 millions F. Elles avaient finalement dû se contenter de près de 15 millions F. 
Il faut dire qu’en face, l’argument massue est imparable : le football féminin ne génère pas encore autant de retombées financières, que ce soit en termes de droits TV et de sponsors, que le football masculin. « Sauf qu’au Cameroun, on ne paye pas les primes de participation sur cette base. C’est l’Etat qui décaisse l’argent pour cela et il ne s’appuie aucunement sur les fameuses retombées qui sont gérées par la Fecafoot », estime un observateur. Aux Etats-Unis, la sélection féminine rapporte bien plus à la fédération. Le maillot de l’équipe féminine sponsorisé par Nike est également le maillot d’une équipe américaine de football le plus vendu en 2019 par la marque, hommes et femmes confondus.
Un chemin encore long
Il est clair donc que le combat à mener est celui d’attirer les sponsors et donc les médias. Car le fossé des inégalités va bien au-delà de la question des primes en sélections nationales. L’abysse est toujours aussi immense en ce qui concerne les salaires en clubs. Tenez, Lionel Messi touche plus de 8 millions d’euros (près 5,2 milliards F) par mois au Fc Barcelone, quand la joueuse la mieux payée au monde, l’Australienne Miranda Kerr, est à 40 000 euros (262 millions de F) brut par mois à Chelsea. Au niveau du traitement, il y a aussi encore du chemin. En France, les joueuses de l’équipe nationale, en pleine préparation de la Coupe du monde 2019, avaient été priées de laisser leurs chambres de Clairefontaine à l’équipe masculine, qui devait affronter la Bolivie en amical. « Sur ce point, on note une très légère amélioration au niveau du Cameroun. Nos filles peuvent se préparer à Mbankomo, être logées dans des hôtels huppés. Elles ont droit à la prime de présence. C’est clair qu’il y a encore énormément d’efforts à faire, mais chez nous le problème réside dans la différence de traitement des Lions indomptables et des autres sélections, hommes ou femmes », affirme notre source.  Et on ne vous parle pas des clichés, du sexisme et autres préjugés. Mais ça, c’est une autre affaire. 
 

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