Société

Evolution de la pandémie : le danger rode toujours

« Le Cameroun a su faire face à la pandémie du nouveau coronavirus survenue en mars 2020. La stratégie de riposte gouvernementale mise sur pied a porté des fruits satisfaisants, au point où la pandémie a presque été maîtrisée ». Ainsi s’exprimait le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, le 16 septembre dernier, lors de la présentation du bilan semestriel de la lutte contre le coronavirus. Toutefois, même si l’on observe une résilience face au Covid-19 (un taux de guérison de plus de 94 % et un taux de létalité d’environ 2%), la vigilance reste de mise. L’Organisation mondiale de la Santé (Oms) continue en effet de redouter un retour en force des cas de contaminations. Dans un communiqué rendu public hier, l’instance onusienne a annoncé un record hebdomadaire d’infection au coronavirus à travers le monde, depuis l’apparition de la maladie. Selon l’Oms, environ deux millions de personnes ont été touchées par le virus entre le 14 et le 20 septembre, soit une augmentation de 6% par rapport à la semaine d'avant. Pour savoir ce qui attend le Cameroun alors que la planète reste en état d’alerte, CT a approché un spécialiste, le Dr Georges Alain Etoundi Mballa, directeur de la lutte contre la maladie, les épidémies et les pandémies au ministère de la Santé publique.

Le 16 septembre dernier lors d’un bilan semestriel, le gouvernement s’est félicité de la résilience du pays face au coronavirus. Qu’est-ce qui peut expliquer la situation actuelle alors que tout le monde redoutait l’hécatombe ?
La baisse du nombre de cas observée n’est pas le fait du hasard. Elle est due à un certain nombre de facteurs. Il y a notamment la préparation. Depuis quatre ou cinq ans, le Cameroun est préparé à gérer les urgences de santé publique. Ceci en formant, dans tout le pays, une armée de soldats capables d’intervenir dans les urgences de santé publique. Nous avons été préparés à coordonner la gestion opérationnelle des urgences de santé publique. La grande illustration c’est le Centre des opérations des urgences de santé publique conçu à Yaoundé grâce à la coopération avec les Etats-Unis d’Amérique. Nous nous sommes entrainés avec les autres épidémies qui ont eu lieu au Cameroun ces dernières années (choléra, méningite, etc.). Dans le cas du coronavirus, il y a eu anticipation. C’est-à-dire que dès l’apparition des premiers cas en Chine, nous avons mis en place un plan de préparation. De plus, la stratégie que nous avons adoptée au départ et qui consistait à traquer les cas, à les tester et à les traiter a été la bonne. 
On observe un recul de contaminations et dans le même temps, on note un relâchement du respect des mesures barrières. Comment comprendre ce paradoxe ?
Ce qu’on peut dire c’est que la nature humaine est ainsi faite. Chaque fois que l’on se trouve face à un danger, on développe des mécanismes d’adaptation qui peuvent malheureusement parfois nous conduire à baisser la garde. C’est ce qu’on observe aujourd’hui. Pour faire face à ce type de comportements, il n’y a que la sensibilisation. Il faut que tous les leaders d’opinion s’impliquent dans cette sensibilisation. Il faut continuer à dire aux gens que le danger est toujours là. Il faut aussi y associer un peu de répression. Tout ceci devrait nous permettre de faire en sorte que les populations continuent à être vigilantes et à ne pas laisser tomber les mesures barrières. 
Pour les six prochains mois, l’Oms redoute un regain de contaminations. Qu’en est-il du Cameroun ?
Le pic de contaminations a été atteint au Cameroun depuis la dernière semaine de juillet et début août 2020. Depuis lors, la courbe descend continuellement. Ce qui montre que les transmissions baissent, les cas d’hospitalisation et de décès aussi. Malgré cette baisse globale, on doit rester en alerte parce que ça peut remonter à tout moment, comme on le voit dans certaines villes européennes, américaines et certains pays africains. On pourrait aussi avoir de petites flambées qui apparaissent dans d’autres villes qui n’ont pas eu d’épidémie de coronavirus jusqu’ici.
Tant qu’il y a des cas de coronavirus qui circulent, cela signifie que la maladie peut reprendre. Il faut intégrer qu’on part probablement sur une longue période durant laquelle nous allons vivre avec le Covid-19. Le gros challenge va donc être de mettre en place des procédures sanitaires pour que la reprise des activités puisse se dérouler en toute sécurité. Il faut également maintenir un dispositif de veille pour que si jamais les cas de Covid repartent, qu’on puisse s’en rendre compte très rapidement ; maintenir un dispositif rapide de riposte, de telle façon que s’il y a un petit foyer de Covid-19 qui apparaît n’importe où dans le pays, que l’on puisse, dans un délai n’excédant pas 48 heures, intervenir. Il faut aussi mieux préparer nos formations sanitaires dans la détection de tout ce qui peut constituer une urgence de santé publique, en accueillant les afflux massifs de victimes, afin qu’on ne soit pas obligés d’aller les mettre dans les stades.    
 

 

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