Prix Goncourt 2020 : les confidences de Djaïli Amadou Amal

L’écrivaine camerounaise, parmi les 15 prétendants de ce prestigieux prix littéraire français, s’est livrée au sujet de ses attentes.

Après un séjour en France, Djaïli Amadou Amal est de retour au Cameroun. Mais pour l’écrivaine, récemment nommée au Prix Goncourt 2020 (et automatiquement nommée au Goncourt des lycéens) avec son roman « Les Impatientes » publié chez Emmanuelle Collas, ce retour au pays natal n’est pas synonyme de repos. Toujours très sollicitée par les médias internationaux comme locaux, l’auteure a été approchée par CT lors son passage à la Fnac Douala le 19 septembre dernier, où elle était venue assister à la dédicace du livre de sa consœur Danielle Eyango


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Occasion d’échanger sur sa dernière actualité avec celle qui a fait du combat pour l’émancipation de la femme du Sahel un art, depuis « Walaande, l’Art de partager un mari », prix de la Fondation Prince Claus en 2012, traduit en wolof au Sénégal, « Mistiriijo, la mangeuse d’âmes » paru en 2013, jusqu’à « Munyal, les larmes de la patience », prix Orange du livre en Afrique 2019, dont la réédition, « Les Impatientes », est aujourd’hui en lice pour le Goncourt 202. Les résultats seront connus le 10 novembre prochain. Rencontré également à la Fnac, Daniel Alain Nsegbe, dit Mutt-Lon, une autre fierté de la littérature camerounaise, a accepté de donner son avis sur cette « aventure Goncourt » de Djaïli Amadou Amal.


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Comment avez-vous accueilli cette nomination au Goncourt 2020 ?


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D’abord avec beaucoup d’émotion, beaucoup de joie, beaucoup de fierté également. J’ai vu que j’étais sur la liste pratiquement la seule Africaine, je suis la seule Camerounaise. Je suis fière de représenter mon pays pour ce prix prestigieux.


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Pourquoi avoir changé le titre du roman pour cette réédition ?


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Pour cette réédition du roman « Munyal, les larmes de la patience », qui a été repris par le collectif de maisons d’édition Emmanuelle Collas – Anne Carrière, ils ont changé le titre tout simplement parce que c’était un nouveau travail éditorial. C’est peut-être la même histoire, mais ce n’est pas le même travail éditorial. Tout a été repris. Evidemment, avec les conseils de l’éditrice Emmanuelle Collas, nous avons voulu donner un ton beaucoup plus optimiste dans « Les Impatientes ». C’est-à-dire que dans ce roman, on répète à toutes les femmes «Munyal », c’est-à-dire Patience, mais on se rend compte aussi que les trois héroïnes, chacune à sa manière, essaie de s’en sortir avec les armes qu’elle peut. Par la fuite pour la première héroïne Ramla ; en se réfugiant dans la folie pour la 2e, Hindou ; ou comme la 3e, Safira, en essayant de se battre pour se débarrasser de la première héroïne, qui est sa coépouse. Ainsi, les trois héroïnes sont des femmes qui refusent de patienter, de se taire et qui sont simplement des impatientes.


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Pensez-vous qu’avec une nomination comme celle-ci, votre combat pour la libération, l’émancipation de la femme du Sahel est reconnu à l’international ?


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Je pense que oui. Et c’est d’autant plus important qu’avec le Covid-19, l’Unesco comme l’Union africaine, Onu-Femmes, pensent qu’on va reculer d’au moins trois décennies sur l’éducation des filles, sur la condition des femmes. Donc cela est d’autant plus important qu’on puisse aussi parler de ces choses-là dans un environnement où les femmes prennent l’éducation pour acquis. Donc oui, le fait que ce roman soit dans la sélection permettra d’attirer les regards sur cette problématique.


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Comment conciliez-vous ce combat avec la littérature ?


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J’ai toujours été sur deux fronts. D'abord, j’avais envie de dénoncer, de dire des choses et j’ai choisi la littérature pour le faire. Chacun se bat avec les armes qu’il possède. Maintenant, la littérature exige un certain sens, une certaine méthodologie et évidemment, je fais une littérature engagée, mais je fais avant tout de la littérature. Et c’est cette littérature qui doit être appréciée. Donc il y a le combat, il y a l’écriture. Les deux peuvent aller ensemble mais sont aussi totalement différents. Pour l’engagement par exemple, je suis présidente d’une association qui s’appelle « Femmes du Sahel » avec laquelle nous essayons de faire du concret par rapport à tous mes écrits : l’éducation des jeunes filles, les sensibilisations sur les mariages précoces et forcés, sur les violences faites aux femmes, la création des bibliothèques, etc. Là, c’est vraiment du concret. Maintenant, du côté de la littérature, évidemment, il faut que ça parle, que ça plaise, que ça dégage une émotion, donc là ça répond à d’autres critères.


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Quel regard posez-vous sur la littérature féminine camerounaise ?


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Nous les Camerounaises sommes des femmes fortes. Nous sommes des écrivaines confirmées. Au plan international, nous faisons entendre notre voix. D’ailleurs, tout le monde le dit, les Camerounaises sont brillantes dans tous les domaines. Nous devons donc être fières et continuer sur ces acquis. Je suis d’autant plus heureuse que ce jour (samedi 19 septembre 2020, Ndlr), Nous sommes à la Fnac Douala à l’occasion de la dédicace du livre de Danielle Eyango. C’est une jeune femme qui se bat, qui est brillante, qui fait des choses merveilleuses et ça prouve tout simplement que les Camerounaises n’entendent pas se taire.


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Et quel rêve nourrissez-vous pour cette littérature camerounaise ?


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Le rêve que je nourris est qu’on ait plus de maisons d’édition, plus de professionnalisme, plus de soutien aux artistes. Tout simplement, il faudrait qu’on se rende compte que nous sommes présents sur la scène, nous avons besoin de vivre et que nous faisons évidemment un travail remarquable aussi bien sur le territoire national qu’à l’international. Et nous espérons qu’il y aura plus d’accompagnement. Il y a déjà beaucoup de choses de faites sur le plan éditorial au niveau local pour la visibilité des écrivains, mais évidemment, nous allons continuer à en réclamer plus.


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Dans ce plus, pensez-vous à un plus grand nombre de prix littéraires au Cameroun ? 


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On était déjà très content qu’Orange organise son tout premier prix littéraire du livre en Afrique ici l’année dernière, que j’ai d’ailleurs remporté avec le roman « Munyal, les larmes de la patience ». On a l’impression à chaque fois que quand on publie dans notre pays, c’est comme si on restait des écrivains de seconde zone. Moi j’ai fait absolument le contraire de ce dont rêvent certains, c’est-à-dire publier d’abord en Europe et revenir en Afrique. J’ai démontré par cette nomination, à tous les jeunes écrivains, qu’on peut très bien se faire connaitre d’abord chez soi, qu’on peut très bien faire du bon travail en publiant au Cameroun. Et évidemment, s’il y avait plus de prix, ça encouragerait plus les jeunes auteurs, les auteurs confirmés aussi, à continuer à éditer chez nous, à continuer à se battre pour se faire une place et évidemment à mettre en lumière notre littérature sur le plan international.


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Accompagnez-vous de jeunes écrivains dans ce sens ?


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