« Nous apportons conseils et expertise »

Dr Hortense Carbillet-Chetou, coordonnatrice générale des actions contre le Covid-19 de l’association « Les Professionnels de la Santé - Camerounais de France ».

Bientôt huit mois que le Cameroun lutte contre le Covid-19. Quelles actions concrètes l’Association des professionnels de santé camerounais résidant en France, a-t-elle menées pour appuyer le gouvernement camerounais afin de faire reculer la pandémie ?
De par nos activités au quotidien, nous sommes confrontés à la détresse et aux souffrances causées par cette pandémie. Nous y sommes sensibles et nous savons les conséquences que cela peut avoir au Cameroun. Face à cette catastrophe, nous avons pensé qu’il était de notre devoir d’apporter notre soutien en complément des mesures déjà mises en place par les différentes institutions et le gouvernement. Partout dans le monde, le diagnostic est lourd au sein des populations et des soignants. L’angoisse s’est livrée à un duel mortel avec la peur, et l’ignorance a parfois fait bon ménage avec l’irresponsabilité de certains. Les populations étaient en détresse et notre pays a fait face tant bien que mal à ce phénomène inédit avec une efficacité indéniable. C’est la raison pour laquelle, les professionnels de la santé camerounais (infirmiers, médecins et pharmaciens) réunis au sein de l’association se sont arrimés à la Task force conduite par moi, à la demande du président de l’association, et d’autres docteurs et infirmiers, pour apporter aide, conseils et expertise dans la gestion de la crise au Cameroun, mais surtout en direction des soignants locaux, des infrastructures médicales et aux personnes les plus vulnérables et nécessiteuses. Concrètement, les actions sont menées selon deux axes. Le premier se traduit par une mission de conseil et d’expertise. Cela va des préconisations sur le choix des équipements (masques, gels hydro-alcooliques, sur-blouse, etc.), et également sur la mise en pratique sur le terrain des recommandations de l’OMS. Le deuxième axe est orienté sur les actions en direction de nos confrères professionnels de la santé au Cameroun. Bien que le pic de l’inquiétude soit dépassé, le virus circule et est toujours présent parmi nous. On ne baisse pas la garde. 
En plus de l’appui apporté à l’Etat, comment êtes-vous intervenus concrètement pour accompagner les professionnels de santé locaux dans cette bataille contre la Covid-19 ?
Notre association s’est organisée et a contribué via un don important d’équipement de plus de 6 millions de F CFA. Ce don est constitué de : masques chirurgicaux et FFP2, de gels et solutions hydro-alcooliques, du savon, des désinfectants, des gants, des sur-blouses, des charlottes… Il y avait également des flyers, des autocollants pour les taxis et motos-taxis, un spot de prévention et de sensibilisation diffusé sur différents médias. Sans oublier un matériel adapté aux besoins du moment en vue d’une prévention et d’une sensibilisation efficiente. Notre association se soucie à chaque instant de nos confrères du pays, et c’est avec beaucoup de plaisir que les dons ont été distribués via des associations locales de professionnels de la santé, dans plusieurs structures de soins camerounaises, notamment les hôpitaux régionaux de  de Buea, de Limbe, de Ngaoundéré, les hôpitaux de district de Dschang et de  Moutenguene, mais aussi en faveur des déplacés internes, dans les marchés, et auprès des travailleurs informels, pour ne citer que ceux-là. Ces dons qui ont été accueillis avec joie par les personnels soignants et les différents bénéficiaires, leur ont permis de travailler en toute sécurité pour sauver la vie des Camerounais, parce que c’est ensemble que nous vaincrons cet ennemi commun qu’est le Coronavirus, d’où l’importance des ponts d’actions entre les professionnels du pays et ceux présents en France comme dans notre association Medcam.
Hormis le contexte de lutte contre le Covid-19, quel appui votre association propose-t-il de manière générale pour aider au développement sanitaire du Cameroun et ainsi améliorer les conditions de santé des populations ?
Dans le contexte de la mondialisation où les migrations internationales sont considérées comme une mobilité géoéconomique, l’apport des professionnels camerounais de la santé qui vivent à l’étranger peut prendre une signification bien particulière pour notre pays et pour son développement sanitaire. En effet, la quasi-totalité des membres de notre association a préservé un lien fort avec le pays, une situation qui peut produire des effets multiplicateurs extrêmement bénéfiques, notamment pour les échanges de compétences et d’expertise, mais aussi pour entretenir des relations diplomatiques permettant d’offrir des solutions locales à des problèmes mondiaux. Les Professionnels de la santé camerounais en France s’inscrivent dans cette optique-là, et pour leur grande majorité, ils contribuent au quotidien au développement sanitaire de notre pays via différentes actions qui sont menées individuellement ou de manière collective. Au sein de notre association, nous prenons des initiatives seuls ou en partenariat avec des mouvements associatifs et institutions de notre pays de résidence. Par exemple : la création en partenariat avec les médecins locaux de structures sanitaires de pointe ; des campagnes d’opération chirurgicale et des consultations gratuites sur des plateaux techniques et  les structures locales existantes ; de campagnes de consultations gratuites, de sensibilisation et d’éducation thérapeutique en milieu rural ; des dons de matériels et de produits de santé à certaines structures en ville et dans nos campagnes pour les maladies de premiers ordres. Entre autres, nous participons activement à la lutte contre les différents phénomènes qui pourrissent l’offre médicale camerounaise en intervenant auprès des autorités locales pour lutter contre les faux médicaments et les médicaments illicites, et centres de santé illégaux, les fausses écoles de formations et les structures sanitaires pas en règles avec la réglementation en vigueur au Cameroun. Nombreux d’entre nous participent à la dispensation des connaissances sur le terrain afin d’accroitre et d’améliorer l’offre d’éducationnelle médicale. En somme, nous formons un corps constitué de professionnels de la santé ayant des compétences diverses dans différents domaines aussi bien en médecine que dans le paramédical.
Quel pourrait être le rôle de votre association dans la mise en place de la Couverture Santé Universelle que le Cameroun s'attèle à mettre en place ?
Vous abordez un sujet qui me tient personnellement à cœur depuis plusieurs années. Enfin un rêve qui devient réalité pour le confort de nos populations en situation précaire ou en milieu rural, et celui du peuple Camerounais tout entier. Nous l’avons rêvé et le chef du gouvernement sous la haute instruction du chef de l’état Paul Biya va le faire et c’est une grâce. Un grand pas vers un système de santé Camerounais performant, une population qui pourra accéder à des soins de qualité sans se soucier de l’aspect économique, c’est une chance, on pourrait même jusqu’à aller à dire une bénédiction. Quel est notre rôle dans ce dossier ? Et bien, il s’agit d’apporter un avis consultatif dans la mise en place de la stratégie globale, un avis d’expert (nombreux sont ceux parmi nous qui maitrisent bien les systèmes de couverture sociale basés sur les conceptions bismarckiennes et beveridgien, la base). Les ressources existent maintenant parmi les africains pour que de tels projets y soient conçus et gérés par nos experts. Une stratégie de long terme pour bâtir des systèmes de santé pérennes. Il faudrait peut-être une Agence de la Couverture Santé Universelle (CSU) délocalisée en France ou une antenne du comité en charge de la gestion de ce dossier composée de 3-4 experts issus de la diaspora. Cette agence constituerait un bridge entre les équipes Camerounaises et celle de France afin d’apporter des solutions efficaces pour une mise en place successfully de cette innovation inédite dans l’assistance des Camerounais. Pourquoi pas ne pas envisager un symposium (à l’image du FODIAS) entre les différents ministères en charge de ce dossier notamment les ministres de la sécurité sociale et de la santé Camerounaise, leurs partenaires pour la présentation du programme de CSU aux Professionnels de la santé Camerounais de la Diaspora. Ceux-ci seraient le relais avec leur famille pour non seulement leur expliquer, mais aussi les inciter à y adhérer. Et afin de garantir non seulement la compréhension des enjeux de cette avancée, la rapidité et, l’efficacité de l’implémentation et de la mise en œuvre, il parait évident que le pays doit composer avec sa diaspora médicale, en usant de son expérience et de sa disponibilité. La CSU est une avancée considérable. Vous vous imaginez que dans quelques mois, pour une cotisation annuelle qui couterait moins cher qu’un casier de bière, chaque Camerounais quel que soit sa situation socio-économique, pourrait se faire soigner gratuitement pour une liste de maladies les plus courantes, et aussi les plus mortelles, qui parfois plombent les budgets des familles. C’est une chance énorme pour les populations.
 

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