Musique Au revoir, Moussa Haïssam

Le célèbre producteur de musique et administrateur du droit d’auteur a été retrouvé sans vie le 4 octobre dernier à son domicile à Yaoundé.

Le droit d’auteur de l’art musical au Cameroun vient de perdre l’un de ses plus fervents militants. Moussa Haïssam, célèbre producteur camerounais et administrateur du droit d’auteur de plusieurs sociétés musicales, a été retrouvé sans vie le 4 octobre dernier à son domicile situé au quartier Anguissa à Yaoundé. Dans le respect de sa foi musulmane, il a été inhumé peu de temps plus tard au cimetière de Soa. Triste fin pour celui qui au fil des années, a fait de la reconnaissance des artistes, une de ses missions. Que ce soit au sein de la Socam, de la Socacim ou de la Sonacam – peu importe l’appellation que cet organisme de gestion collective a eue à un moment ou à un autre – Moussa Haïssam s’est impliqué, en général dans les conseils d’administration, à la direction générale ou dans les différentes commissions intérimaires. Quand le bateau tangue en 2013, que le DG de la Socam et plusieurs collaborateurs sont mis à la porte, il est appelé à la rescousse pour gérer le comité provisoire. Il s’est voulu un partenaire privilégié pour les différents PCA, et parfois lui-même se décidait à prendre les choses en main. Du moins, il aura essayé.
En 2013 toujours, il est candidat au poste de président du Conseil d’administration de la Socam, mais perd les élections au bout d’une folle nuit de novembre contre Ndedi Eyango… Jusqu’à ce que sa dépouille soit retrouvée dimanche dernier, Moussa Haïssam était deuxième vice-président du PCA de la Société nationale camerounaise de l’art musical (Sonacam), Sam Fan Thomas. Comme le confie l’artiste Ledoux Marcellin, un des responsables de cette instance, le regretté producteur se réjouissait déjà de tous les projets à venir pour améliorer les conditions des artistes. « Je retiens de lui l’image de quelqu’un qui a activement participé au processus d’assainissement dans le secteur du droit d’auteur et des droits voisins. Il a été l’un des piliers qui a lutté pour que la Sonacam soit créée et obtienne un agrément de 10 ans. C’est un patrimoine qu’il lègue ainsi aux artistes camerounais », a déclaré Ledoux Marcellin.
Aussi longue soit-elle, ce n’est pas cette cape de défenseur du droit d’auteur de l’art musical qui a bâti la réputation de Moussa Haïssam. Il est en réalité l’homme derrière les carrières d’icônes comme Lapiro de Mbanga (son premier poulain dans la production), Ben Decca, Dina Bell, Mekongo Président, Messi Ambroise, Penda Dalle, Belka Tobi, le groupe Yoka Lokito, Hilarion Nguema, Bell’a Njoh, pour ne citer qu’eux. Homme d’affaires installé au Gabon dans les années 80, il est fasciné par la musique, et ce procédé par lequel elle est extraite d’esprit ingénieux, comme celui de Joe Mboulè, qu’il croise à Paris, en plein mixage du tout premier opus de Ben Decca. Au départ, Moussa Haïssam se lance dans l’organisation des spectacles, et moule l’équipe nationale du makossa, qu’il réunit deux fois à Libreville en 1983 et en 1984 avec Toto Guillaume en chef d’orchestre. De ces rassemblements de virtuoses, émergeront des noms comme André Manga, aujourd’hui bassiste de renommée internationale. Moussa Haïssam a grappillé également sur le terrain de l’humour. Le talent déjà incontesté de Jean Miché Kankan, il l’étale avec manière sur différentes scènes. Production et édition d’albums ou de shows musicaux, sont les dons de ce féru de musique qui connaît tous les couloirs de l’art musical qu’il a sillonnés pendant plus de 30 ans, mais également les déboires de ceux qui en sont les acteurs. Rien d’étonnant que le droit d’auteur de l’art musical soit devenu pour lui une priorité. Il s’en va en laissant sur le feu de nombreux projets.

 

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