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« Il faut former plus de spécialistes »

Pr. Paul Ndom, oncologue médical et secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le cancer (Cnlc).

Quel est l’état du cancer du sein à ce jour au Cameroun ?
Le cancer du sein est une vieille pathologie qui maintient sa place de leader parmi les cancers et qui continue à monter au niveau des effectifs. La prévalence du cancer du sein est en croissance. 30 à 35% des cas de cancers que nous recevons dans un grand centre de traitement à l’Hôpital central de Yaoundé, sont des cancers du sein. Le second concerne les lymphomes avec un taux de 14 à 15%. Ce qui montre que le cancer du sein est une pathologie préoccupante. A l’étranger, les cancers du sein surviennent autour de 50 ans. Mais au Cameroun, nous avons déjà des cas autour de 30 à 40 ans. Il y a également une caractéristique appelée triple négatif. Chez les femmes, on peine à trouver les récepteurs à l’œstrogène ou à la progestérone. Le troisième type de récepteur est appelé H2R. Ces récepteurs permettent de choisir un médicament approprié pour le patient. La plupart de ces femmes ne les ont pas. Les cancers reçus au Cameroun sont donc agressifs, surviennent chez des femmes plus jeunes qui arrivent à l’hôpital trop tard, en plus de ne pas avoir de moyens pour se soigner.
Qu’est-ce qui est prévu pour la prise en charge ?
Il existe plusieurs facteurs de risque pour ce cancer. Entre autres, les antécédents familiaux, notamment si une personne a déjà eu le cancer, les facteurs génétiques associés à des expositions prolongées aux œstrogènes endogènes, l’absence de grossesse, la ménopause tardive, une alimentation riche en graisse, ainsi que la consommation d’alcool, le surpoids et l’activité physique. La prise en charge est individuelle. Ceux qui ne reçoivent pas d’aide en famille s’essoufflent généralement au bout de deux traitements et rentrent avec une maladie atténuée mais non soignée. En fonction de la porte d’entrée de la maladie, on peut soit opérer d’emblée, soit faire un prélèvement pour avoir la preuve de la maladie. On organise ensuite le traitement sous forme de chimiothérapie. S’il y a une indication pour la radiothérapie, on la prescrit au malade. Le traitement du cancer doit normalement se faire par une équipe multidisciplinaire (biologiste, anatomo-pathologiste, oncologue médical, chirurgien, radiothérapeute et radiologue). Aujourd’hui, les spécialistes sont malheureusement répartis dans différentes formations sanitaires, éloignés les uns des autres.
Le Cameroun dispose-t-il d’un plateau technique pouvant assurer cette prise en charge ?
Le Cameroun dispose, à certains endroits, d’un plateau technique pour la prise en charge du cancer. Certains manquements peuvent être complétés rapidement. Des examens tels que la scintigraphie ou la biologie moléculaire permettent de bien caractériser le type de cancer. Il faut juste les équipements pour cela. Vu que la maladie galope, il faudrait former plus de spécialistes.
Quels sont les traitements possibles aujourd’hui ?
Les traitements standards, c’est une chirurgie, suivie de la chimiothérapie, puis la radiothérapie, voire l’hormonothérapie. Il y a également des traitements ciblés. Ceux-ci se basent sur l’analyse moléculaire du prélèvement qui permet de choisir le médicament adapté. Ces traitements entrent progressivement dans le pays mais restent très coûteux. Ce traitement sera l’avenir de la prise en charge des cancers. Ensuite, l’approche de l’immunothérapie consiste à stimuler les défenses de l’individu pour que la personne elle-même essaie de combattre son cancer. Ce sont ces composantes qui vont prendre corps dans l’arsenal thérapeutique au Cameroun dans quelques années.
Comment les femmes ayant subi des ablations peuvent-elles se reconstruire ?
La reconstruction mammaire est très positive pour les malades ayant bénéficié d’une ablation du sein. Le seul problème est l’absence de spécialistes. Dès lors, l’idéal serait d’envoyer deux ou trois chirurgiens se former à l’étranger. A ma connaissance, il n’y a pas encore de chirurgien au plan local qui a réussi à reconstruire le sein. Si nous construisons cet Institut national de cancérologie, nous serons obligés de recruter un ou deux spécialistes pour ce type de chirurgie.
 

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