« Le pays a intérêt à conserver une attractivité mondiale »

Pr Jean-Emmanuel Pondi, internationaliste et vice-recteur chargé des enseignements, de la professionnalisation et du développement des technologies de l’information et de la communication à l’Université de Yaoundé II-Soa.

La présidentielle américaine a lieu demain. Quelles leçons tirez-vous de ces longs mois de campagne ?


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La campagne électorale aux Etats-Unis est toujours longue et pénible parce qu’il y a quand même cinquante Etats qu’il faut visiter à un moment donné ou à un autre. Compte tenu du fait qu’il faut parfois passer deux fois dans un même Etat, selon l’importance électorale dudit Etat. Il y a donc un ensemble de calculs qu’il faut effectuer sur la base des grands électeurs que contient un Etat. C’est ainsi qu’un Etat comme la Californie a beaucoup de grands électeurs tout comme la Pennsylvanie et le Michigan. Alors que les petits Etats comme le Connecticut et le Delaware n’ont pas de grands électeurs. La stratégie des candidats à la présidentielle américaine constitue à cerner leurs statuts dans chacun des Etats pour savoir quelles sont les probabilités de gagner l’Etat avec grande campagne ou gagner l’Etat sans grande campagne. C’est donc cela qui va déterminer leur emploi du temps électoral, où est-ce qu’ils vont consacrer plus ou moins de temps. L’autre aspect consiste à savoir quels ont été les résultats de la session 2016 qui vont conditionner leur agenda de 2020. 


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L’Afrique n’a pas figuré dans le discours de campagne ni de Donald Trump ni de Joe Biden. Est-ce à dire qu’elle ne constitue plus un enjeu important ou alors est de moins en moins importante dans la politique des candidats en course pour la Maison blanche ?


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Il faut sérier les différents cas. Donald Trump, candidat du Parti républicain, par définition et par tradition s’intéresse à la haute finance. La prospérité que prône ce parti porte sur les groupes financiers importants. Les républicains estiment qu’en investissant dans la haute finance, l’industrie et la technologie, ils vont produire les richesses devant sortir le peuple de la pauvreté. Donc, le secteur privé et l’initiative privée et industrielle sont prioritaires. Les républicains pensent qu’en créant plus d’argent, de biens et des services, tout le monde sera mieux. Alors que dans le cas du candidat Joe Biden, il a une tradition économico-politique démocrate.  Les démocrates pensent que la prospérité relève d’abord de la responsabilité de l’Etat. Pour eux, il faut un Etat stratège qui organise l’économie pour que l’équité et la justice soient respectées à tous les niveaux. Ils pensent qu’il revient à l’Etat de protéger les plus faibles. C’est ça la mentalité des démocrates. Raison pour laquelle vous trouvez plus de minorités linguistiques et raciales qui vont soutenir le parti démocrate. Pour M. Biden, on ne saurait juger sa posture vis-à-vis de l’Afrique étant donné qu’ils ne sont pas aux affaires. Mais, pendant que les démocrates y étaient, on a bien vu qu’il y a eu quand même des opérations d’envergure en direction de l’Afrique. Même les républicains ont travaillé par rapport à l’Afrique lorsqu’ils étaient aux affaires. Ce qui n’est pas le cas avec Donald Trump qui n’a pas montré un intérêt quelconque pour l’Afrique et n’en parle pratiquement jamais. 


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Qui des deux peut donc être un bon risque pour la paix et la stabilité dans le monde ?


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Le grand paradoxe est que la présidence de Donald Trump nous a révélé que nous n’avons pas bien compris les Américains. On pensait, et finalement à tort, que Donald Trump était une erreur historique, mais au fil des années on s’est aperçu qu’il est en phase avec la base de son parti. Celle-ci est constituée par les Etats du Sud qui ont mal digéré la présence d’un Afro-Américain à la Maison blanche. Et c’est ce reflux qui s’est manifesté dans l’élection de Donald Trump. Il a été élu par les grands électeurs et non par la population. D’où le dualisme du système politique américain qui a d’un côté les grands électeurs qui, eux, font la vraie élection du président et de l’autre côté, le vote populaire dont on ne tient pas compte lorsqu’il s’agit de faire la décision finale. Est-ce que la présidence de Donald Trump a suffisamment éclairé les Américains sur sa véritable nature qui est essentiellement de s’occuper du capital et du capitalisme américain, c’est-à-dire de la haute industrie américaine ? Donald Trump a créé une Amérique divisée entre les races, les classes sociales, en termes d’idéologies et de visions d’un pays. La question qui se pose est celle de savoir si Joe Biden qui est issu d’un milieu plus modeste et qui en réalité a dans sa trajectoire personnelle connu beaucoup de drames semble plus ouvert à la souffrance humaine que ne le semble l’actuel président. D’autre part, Joe Biden comprend que la fracture raciale peut être un suicide collectif pour les Etats-Unis et pour avoir été le premier collaborateur d’un président noir, une première dans l’histoire des Etats-Unis depuis 1776, a accepté d’être le numéro deux. Ce qui sur le plan symbolique montre que c’est quelqu’un d’ouvert, de tolérant et d’humain. Voilà deux images qui se contrastent et s’opposent à la conscience américaine d’abord et davantage à la conscience du monde. Les Etats-Unis étant un leader global ont intérêt à conserver une attractivité mondiale qui ne me semble pas le cas sur la configuration politique que nous connaissons.


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