« Il y a urgence de faire retomber les tensions diplomatiques »

Dr Christian Pout, ministre plénipotentiaire, président Think Tank CEIDES, directeur du séminaire de géopolitique africaine à l’Institut catholique de Paris.

Après une élection particulièrement longue et mouvementée, Joe Biden est finalement sorti vainqueur. Qu’est-ce qui peut expliquer ce choix ?


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L’une des raisons qui expliquent le suspens vertigineux et les retournements de situation qui ont caractérisé la présidentielle américaine de 2020 réside dans la longueur relative du dépouillement tributaire du volume important des votes par correspondance. Il y a eu une participation plus élevée qu’en 2016 et les démocrates ont gagné 8 millions de nouveaux électeurs. Joe Biden l’emporte avec environ 74 millions de voix, devenant ainsi le président américain le mieux élu au niveau populaire. Il a largement bénéficié du vote anti-Trump. On ne peut occulter le fait qu’il y a eu l’expression d’un profond rejet  du président sortant non seulement par les démocrates mais également par une partie des républicains notamment ceux rassemblés dans le Lincoln Project. Il  y avait un côté référendum « pour ou contre Trump » dans cette élection. Cela a profité à Joe Biden qui a également tiré avantage de sa capacité à mobiliser une large coalition grâce notamment à son message conciliant et à son caractère modéré. La pandémie de la Covid 19 a été déterminante dans le choix pour Biden car avec sa colistière Kamala Harris, ils ont été en mesure d’articuler des propositions pour faire évoluer positivement la gestion de la pandémie aux yeux des électeurs tandis que Donald Trump dont la gestion de cette crise était déjà approximative et critiquée n’a cessé de multiplier les erreurs dont le manque d’empathie pour les victimes n’a pas été des moindres.


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Joe Biden hérite d’un pays profondément divisé par de nombreux clivages et miné par la Covid 19. Pourra-t-il remonter la pente ?


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Les Etats-Unis sortent des élections de 2020 avec une démocratie particulièrement fragilisée et cette fragilité politique avec ses nombreuses lignes de fractures  au sein des Etats fédérés et au niveau fédéral notamment au Sénat et à la Chambre des représentants reflètent bien les nombreux antagonismes qui traversent l’Amérique d’Est en Ouest. C’est un pays immense de quelques 9,5 millions de km2 avec un potentiel de développement de premier ordre, difficilement maitrisable dans son intégralité mais largement mis en valeur à des fins économiques par la machinerie capitaliste qui s’épanouit aux Etats-Unis. Le discours d’apaisement de Joe Biden et son approche plus rigoureuse et méthodique de la gestion de la Covid-19 vont certainement être des atouts pour aider à relever des institutions qui ont affiché leur vulnérabilité, une économie affaiblie et une société américaine fracturée par la polarisation idéologique et identitaire.


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Le président élu annonce le retour de son pays au multilatéralisme. Quels pourraient être ses chantiers dans cette reconquête du leadership américain en perte de vitesse ?


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Il convient de le dire sans ambages, Joe Biden et Kamala Harris vont devoir retrouver la ligne de la retenue et fermer la parenthèse tumultueuse des années Trump qui ont vu les Etats-Unis se placer en dehors du consensus international sur un grand nombre de sujets majeurs. Il y a urgence de faire retomber les tensions diplomatiques bilatérales et multilatérales. Il s’est déjà engagé très concrètement à revenir sur l’interdiction d’immigrer aux Etats-Unis pour les citoyens de certains pays musulmans, le retrait de l’OMS, l’opposition à l’Accord de Paris sur le climat, le JCPOA sur le nucléaire iranien, la réactivation du TransPacific Partnership TPP, le traité Ciel ouvert avec la Russie. Il s’est prononcé en faveur d’une présence plus marquée à l’ONU. Il faut aussi se demander si un monde au paysage stratégique brouillé et qui a bien évolué en quatre ans pourra s’accommoder facilement d’une Amérique qui veut retrouver son leadership.  Par exemple, le retour à un discours sur la démocratie et les droits humains, tel que réclamé par la base du parti démocrate rencontrera quels échos en Arabie Saoudite (qualifiée d’Etat paria par Biden), en Chine, en Turquie ou encore en Russie. En tout état de cause, s’engager à l’international ne sera pas la priorité des priorités pour le président élu Biden, tant les défis intérieurs sont colossaux.


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La future administration promet un rapprochement avec le continent africain. Quels pourraient être les axes prioritaires de ce nouveau départ avec l’Afrique ? 


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Il importe de noter que la conjoncture interne aux Etats-Unis va dicter les premiers pas du président élu Joe Biden. Qu’à cela ne tienne, il est attendu d’abord sur les dimensions symbolique et communicationnelle pour « corriger » les outrances verbales de son prédécesseur qui n’ont pas été digérées sur le continent. L’annonce de la levée des restrictions contre les pays musulmans est, y compris ceux situés en Afrique, déjà un signal de décrispation. Les autres axes prioritaires de  coopération avec l’Afrique vont être articulés sur la volonté de continuer à y contrer l’influence grandissante de la Chine. L’Agence de développement United States International Development Finance (USIDFC) lancée par Monsieur Trump et dotée initialement de 60 milliards de dollars de budget sera certainement maintenue. Le Programme pour la jeunesse africaine Young African Leaders Initiative (YALI) va être redynamisé. Sur le plan diplomatique et sécuritaire, il y aura une intensification car le sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines sera nommé sans retard de même que les chefs de missions diplomatiques qui prendront leurs fonctions sans délais dans les pays africains. Les 34 sites militaires sur le continent seront maintenus et les budgets dévolus à l’AFRICOM (United States Africa Command) connaîtront une revalorisation. Cela permettra d’optimiser par exemple l’engagement américain dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. On peut créditer également le président élu Biden qui a déjà voyagé en Afrique par le passé d’avoir su s’entourer, pendant sa campagne électorale, de personnalités connaissant également  bien l’Afrique telles que Antony Blinken, Michelle Gavin, Nicolas Burns et Susan Rice. Cela augure de relations plus étroites et certainement plus cordiales et mutuellement bénéfiques. Dans cette logique, on peut considérer que le retour annoncé des Etats-Unis au multilatéralisme est déjà une bonne nouvelle pour l’Afrique.


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