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République démocratique du Congo : impasse au sommet

Le 2 novembre dernier, Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC) a entrepris des consultations au palais de la Nation à Kinshasa. Les responsables des institutions publiques, les opérateurs économiques, les autorités religieuses, les personnalités politiques, les responsables religieux et les acteurs de la société civile y défilent pour proposer leur vision pour une meilleure gestion du pays. L’idée semble mûrement pensée, car un peu plus d’une semaine avant, le 23 octobre, le chef de l’Etat, dans un message à son peuple, avait annoncé que ces consultations aboutiraient à la formation d’une « union sacrée ». De ces échanges, Félix Tshisékedi compte conforter la maitrise de son navire et ajuster sa direction pour éviter l’impasse. Le bateau de la République qu’il conduit depuis son investiture le 24 janvier 2019 subit depuis quelques temps des vents impétueux. Une refondation de l’action gouvernementale en vue de fédérer toutes ces forces autour du principe de participation à la gestion du pays s’impose sinon, un naufrage peut survenir.  
Il n’échappe à personne en effet que la RDC, sous Félix Tshisékedi, a un chef d’Etat, qui, à l’évidence, n’en est pas le vrai capitaine de la barque. Au nom d’une coalition, l’essentiel des leviers de l’exercice du pouvoir est concédé à son prédécesseur qui contrôle tout. Joseph Kabila, sénateur à vie, continue de conduire le pays dans l’ombre. Il a retardé l’an dernier, la nomination du chef du gouvernement, il refuse actuellement de reconnaître la légitimité des juges nommés à la Cour constitutionnelle. Joseph Kabila contrôle le gouvernement, à l’Assemblée nationale, il défie les usages protocolaires. Son parti, le Front commun pour le Congo (FCC) y détient la majorité parlementaire. L’ex-président de la République multiplie des actes de contre-pouvoir. La semaine dernière par exemple, pendant que Félix Tshisekedi poursuivait ses consultations, Joseph Kabila menait de son côté une offensive auprès des chancelleries, les pays parrains ou garants de l’accord de coalition qui le lie à Tshisekedi, créant un autre front diplomatique avec son prédécesseur. Ce dernier, mis en difficulté permanemment, voit bien que si rien n’est fait, il sera réduit à un rôle purement protocolaire aux côtés de Joseph Kabila. Il en a les moyens : institutionnels et contractuels. 
Sur le plan constitutionnel, l’article 78 dispose que le président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. C’est le FCC de Kabila qui est majoritaire à l’Assemblée nationale, au Sénatet aux assemblées provinciales à l’issue des élections du 30 décembre 2018. Dans ces conditions, un deal s’imposait entre le CACH au pouvoir et le FCC. Le 29 juillet 2019, les deux groupes politiques ont signé un accord de coalition pour « gouverner ensemble, adopter un programme de gouvernement, former un gouvernement de coalition, assurer le suivi de l’accord » et ainsi « prévenir des crises politiques » qui pourraient « bloquer dangereusement le fonctionnement des institutions ». Dans un gouvernement de 65 membres dont 48 ministres et 17 vice-ministres, la famille politique de Félix Tshisekedi ne s’en tire qu’avec 23 postes et le FCC s’adjuge les 42 restants. Plusieurs ministères régaliens lui sont concédés. Du coup, on se retrouve devant un partage de gâteau tel qu’imaginé par Joseph Kabila qui résiste à toute concession. Sauf que, l’incident de refus de reconnaître la légitimité des magistrats montre que le CACH et le FCC ne forment plus un seul corps. Félix Tshisekedi se bat pour montrer qu’il tient la clé de voûte de ce régime atypique. En déclarant dans une interview à Radio Vatican en janvier que la coalition entre le FCC et CACH est « un accident de l’histoire avec ses hauts et ses bas » et qu’il ne voit personne au sein de la coalition ou ailleurs l’ « empêcher de remplir cette mission de servir son peuple », Tshisekedi indique bien l’impérative nécessité de sortir de l’impasse. 
 

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