Avocats – Magistrats : aux sources du malaise

Depuis deux semaines, le procès de deux avocats accusés de corruption, entre autres, a envenimé les relations au sein du corps judiciaire.

Après l’audience mouvementée du 10 novembre dernier au Tribunal de Première Instance de Bonanjo, avocats et magistrats se retrouvent ce jour au Palais de justice pour la suite de l’affaire. Le 9 novembre, le juge avait placé deux avocats sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de New Bell à Douala pour outrage à magistrat, tentative de corruption et escroquerie. A l’origine, une histoire de trois millions destinés au magistrat, alors que ce dernier n’était au courant de rien. Mis au parfum de ce qui se jouait sur son dos, le juge mis les deux jeunes avocats en détention. Les mis en cause devaient passer en jugement le 10 novembre. D’où la forte mobilisation des avocats. En masse (500, 300 selon les sources, 87 constitués), les hommes en robe noire sont allés solliciter, ce même 10 novembre, la mise en liberté provisoire de leurs confrères. Après les joutes oratoires dont la profession a le secret, le juge en charge du dossier va mettre l’affaire en délibéré pour l’audience du 25 novembre, c’est-a-dire ce jour. L’affaire du point de vue du juge a été mise en délibéré à 15 jours, délai prévu par le Code de procédure pénale. La rocambolesque affaire qui met les deux avocats dans de sales draps touche un citoyen poursuivi pour faux en écriture privée ou de commerce en coaction. Il écopera d’une peine de 18 mois, 25000 F d’amende et 3268550 F de dépens ou deux ans de contrainte par corps. 


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Depuis lors, Douala, habituellement pointée du doigt pour son côté bouillonnant, occupe le devant de la scène. Ce qui a mis la capitale économique sous les projecteurs n’a cependant rien à voir avec la « frappe », un braquage ou un larcin, comme c’est généralement le cas. Cette fois, la dissonance est venue de là où on l’attendait le moins. De Bonanjo, le quartier administratif, d’ordinaire à l’abri du chahut, des actes d’incivisme. Plus étonnant, la clameur est montée d’un milieu d’ordinaire clos et qui, de par la configuration austère de son architecture et la qualité de ceux qui y prestent, confine à la méditation, au silence, au respect.


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Le Tribunal de Première instance de Bonanjo s’est subitement embrasé, avec avocats et forces de maintien de l’ordre en confrontation ce mardi 10 novembre. De l’inédit ! Ceux qui ont raté les faits, parce que ceux-ci s’étaient déroulés tard, à une heure où Bonanjo se vide en principe des travailleurs, auront le film de la rixe le lendemain matin, grâce à des hommes en robe noire, transformés, le temps du pugilat avec les éléments du Gmi n°2 voisin, en journalistes reporters d’images. La Toile s’enflammera, sans pour autant qu’on ait les vrais raisons de ce clash.


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Les avocats vont crier au sacrilège, à la mort de la profession, à la brimade… Mais le divorce est-il envisageable entre avocats et magistrats ? Pas sûr. L’arrivée en urgence à Douala du bâtonnier par intérim, mercredi 11 novembre, fera espérer l’apaisement. Me Claire Atangana Bikouna, pondérée mais ferme, va calmer le jeu. Rencontres avec le premier vice-président de la Cour d’Appel du Littoral, le procureur général près ladite Cour, visite aux jeunes avocats incriminés et point de la situation avec les représentants de l’Ordre dans le Littoral ainsi qu’avec d’autres confrères.


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Divergences 


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Face à une presse qui voulait en savoir davantage, Me Claire Atangana Bikouna confirmera l’option de l’apaisement. Le bâtonnier par intérim va juger l’incident du 10 novembre de malheureux, qu’on se place du côté des avocats ou des magistrats. Sentencieuse, elle ajoutera que c’est la justice qui se donne à voir négativement. 


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Mais qu’est-ce qui oppose, dans le fond, des professionnels appelés à travailler ensemble ? Là, encore brouille. La version des réseaux sociaux n’est pas celle du bâtonnier par intérim. Pour Me Atangana Bikouna, le rapport en sa possession, remis par le président d’une des promotions d’avocats concernées qui était à l’audience du 10 novembre, ne relate pas la même histoire que celle abondamment partagée sur les plateformes numériques. Elle a cependant retenu que dans une salle d’audience, on a vu des forces de maintien de l’ordre avec des grenades lacrymogènes. Le bâtonnier par intérim pense qu’une telle situation peut se régler autrement. 


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Prétextes, arguent les tenants d’une autre version des faits. Ce qui a mis le feu aux poudres le 10 novembre dernier est une affaire de corruption. Deux jeunes avocats ont été placés sous mandat de détention provisoire à la prison centrale New Bell, lundi 9 novembre, pour outrage à magistrat, et tentative d’escroquerie. Pour les avocats, la décision est jugée sévère. Ils s’attendaient à une libération immédiate. Le ton montera avec tentative, selon certains témoins, de bloquer le retour en prison de la fourgonnette qui transportait d’autres détenus.


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Depuis ces malheureux événements on assiste à de nombreuses saillies, côté barreau. Le 21 novembre, à l’issue d’une réunion du conseil de l’Ordre des avocats, les hommes en robe noire ont dénoncé des brutalités policières perpétrées contre deux des leurs (finalement condamnés, ce lundi 23 novembre, à six mois d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans et 100 000 F d’amende et 28.000 F de dépens), interpellés par les éléments de la PJ pour répondre à leur tour des incriminations d’outrage à magistrat, destruction et commentaire tendancieux sur une affaire en cours, et gardés à vue du 18 au 20 novembre. Les intéressés font en fait partie d’un groupe de 15 avocats dont le procureur de la République près le Tpi de Douala-Bonanjo a instruit l’interpellation suite aux événements du 10 novembre.


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Face à l’escalade, les avocats ont pris certaines décisions. Celle de renoncer aux prétoires entre le 30 novembre et le 4 novembre. Et aussi celle de ne pas prendre aux hommages judiciaires, initialement programmés sur les parvis de la Cour d’Appel du Littoral et de la Cour suprême du Cameroun, du défunt bâtonnier Tchakoute Patie Charles. Seulement, la famille du disparu ne veut pas être mêlée à cela.


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Dans un communiqué signé lundi 23 novembre 2020, Sa Majesté Nkamadjou II Roger, chef supérieur du groupement Bahouoc et Mme Tchakoute Patie Clarisse, épouse de feu Me Tchakoute Patie Charles, portent à la connaissance du public, des confrères de l’illustre disparu et de l’ensemble de la famille judiciaire, que les obsèques, initialement prévues du 26 au 28 novembre 2020, sont reportées sine die. Les signataires du communiqué précisent par ailleurs que de nouvelles orientations seront données à ce sujet ultérieurement.


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