« Les impatientes » : ce plaidoyer féministe

Le roman de Djaïli Amadou Amal séduit par ses éléments de fiction inspirés de faits réels.

Le livre qui mène Djaïli Amadou Amal au sommet de la littérature française est un miroir devant lequel la société entière est invitée à se mettre à nu. Car « Les impatientes » Ramla, Hindou et Safira sont des femmes seules. Seules face à elles-mêmes, face aux hommes, face aux autres femmes, face à la puissance de la tradition. Et ce refrain machinal qui tinte encore et encore à leurs oreilles : « Munyal, munyal !!! Patience, patience !!! ». Comment Ramal peut-elle restée impassible quand elle est arrachée à l’amour de sa vie pour être flanquée dans un mariage polygamique ; pourquoi Safira ne devrait-elle pas se révolter alors qu’une nouvelle épouse débarque pour briser son foyer et sa complicité conjugale ; enfin, qui jetterait la pierre à Hindou, mariée de force à son propre cousin ? Dur, en parcourant ces trois tableaux, de ne pas craquer et de céder à un manque de maîtrise de soi. 


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Ce trio peint par Djaïli Amadou Amal embarque le lecteur dans un monde au-delà du Sahel, car il impose cette question universelle : celle des violences faites aux femmes. Entre mariage forcé, viol conjugal, résignation et polygamie, les abus sont psychiques, moraux, physiques. Mais « Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la valeur du mariage et de la vie. Telle est la vraie valeur de notre religion, de nos coutumes. » Une leçon de persévérance pour ces trois femmes soumises à rude épreuve. Pis, au fil de cette histoire, les bourreaux se font de la même chair, du même sang. La « traîtrise » n’est encore que plus grande s’ils n’arrivent pas à discerner ce mal-être profond causé à leurs filles par leur égoïsme. Mais une fois encore, « Munyal, mes filles, car la patience est une vertu. » Où serait « l’impatiente » Djaïli Amadou Amal, mariée à 17 ans, si elle n’avait pas osé se rebiffer ? Nul ne le sait avec certitude, si ce n’est le Bon Dieu. Mais c’est par des voix comme la sienne, qui défient l’étranglement, que des montagnes aussi inamovibles soient-elles peuvent perdre de leur superbe.


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« Les impatientes » est en réalité une réédition, par l’éditrice française Emmanuelle Collas. Le livre, paru à Yaoundé en 2017 aux Editions Proximité sous le titre « Munyal, les larmes de la patience », a pris un coup de pinceau à la façade et à l’intérieur. Le titre a été modifié pour des questions d’adaptation à un lectorat plus global, ont justifié les éditeurs français. Cette adaptation est tout de même un choc pour ceux qui ont parcouru la version de Proximité. Avec le sentiment d’un changement de connotation autour de l’idée de patience chez les héroïnes du livre. En somme, quel que soit son nom, « Les larmes de la patience » ou « Les impatientes », ce livre est rentré dans les mémoires de l’Académie Goncourt et de la littérature francophone, même si bien avant, il a réchauffé le cœur des Camerounais et des Africains, en remportant le tout premier Prix Orange du Livre en Afrique en 2019. 


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