Recourir à la violence pour se faire entendre est une démarche hérétique

Chaque jour qui passe laisse découvrir les motivations profondes de ce qui paraissait être il y a quelques semaines comme une simple grogne, une revendication bruyante. Ce n’était donc, à l’évidence, ni les conditions de travail des enseignants du sous-système anglophone qui faisaient problème, encore moins l’absence de la version anglaise du traité de l’OHADA, côté avocats. D’autant que ces derniers, praticiens du droit, membres du barreau, ne pouvaient objectivement ignorer les méandres juridiques que le gouvernement de la République devait surmonter pour faire valider le précieux document. Ce n’était donc pas ça le nœud de la revendication qui aurait pu du reste s’exprimer par des canaux plus efficients et moins tonitruants.
La suite des événements, ponctués par une entrée en scène concomitante des syndicats enseignants et des violences d’une ampleur terrifiante, allait révéler, à la faveur d’une synchronisation méticuleusement conduite, que le véritable abcès de fixation se trouve dans la forme de l’Etat. En d’autres termes, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre réclament un retour au fédéralisme. Sans autre forme de procès. A la base de cette revendication, l’assertion selon laquelle la conférence de Foumban en 1961 aurait lésé la partie anglophone.
Et pour faire triompher leur option, les initiateurs de la situation délétère que vivent ces dernières semaines les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest n’ont rien trouvé d’autre que la violence et le vandalisme. Au mépris de l’idéal de paix et de progrès bâti autour des valeurs de dialogue, de tolérance, de respect et d’acceptation de l’autre, dans le cadre d’un pacte républicain communément partagé. Du moins le croyions-nous. Avec au bout du compte la destruction choquante et insupportable des biens publics, en même temps que de graves atteintes à la vie et la fortune de paisibles citoyens. Comble de lâcheté, les auteurs de ces manœuvres souterraines se claquemurent dans un silence assourdissant. Dans l’espoir de se soustraire de leur responsabilité d’avoir planifié des activités séditieuses et d’échapper par conséquent aux rigueurs de la loi.
En fait, on ne comprend pas pourquoi ceux qui sont tentés de refaire l’histoire du Cameroun s’arrêtent à la conférence de Foumban. Ils pourraient bien remonter jusqu’au traité de juillet 1884 instaurant le protectorat allemand sur notre pays. A moins de faire le procès des chefs Duala qui paraphèrent le texte au nom de tous leurs concitoyens… Si les pyromanes gardent le profil bas, c’est bien parce qu’ils savent combien les Camerounais dans leur immense majorité sont attachés à l’unité de leur cher pays, fiers qu’ils sont, par ailleurs, de son identité bi-culturelle. Le « berceau de nos ancêtres » est un et indivisible. C’est clair, c’est net.
Il n’en demeure pas moins que la construction d’une nation, ici comme ailleurs, est une œuvre permanente, une construction jamais achevée. L’histoire pouvant s’écrire parfois en termes de couacs, de convulsions, d’incompréhensions voire de bégaiements et de malentendus. Ainsi est faite la marche de toute société humaine. Mais en toute circonstance, il importe de savoir préserver l’essentiel qui, pour les Camerounais, est le vouloir-vivre ensemble, l’unité nationale chèrement conquise. Réclamer ses droits est de bon ton dans un système démocratique comme le nôtre. Cependant recourir à la violence pour se faire entendre revient à plaider une bonne cause avec de mauvais arguments. Il s’agit alors d’une démarche hérétique.
 

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