Vous avez dit basculement ?

L’année 2020 – et les suivantes ? – restera pour les hommes comme celle de la terrible pandémie qui mit en déroute les connaissances médicales, l’organisation sociale et culturelle, les systèmes économiques et hospitaliers, la mondialisation triomphante, l’orgueil des nations riches et des scientifiques sur leur « invincibilité » face aux maladies. Certes, des virus dans l’histoire, il y en a eu d’autres. Mais c’était à une époque où l’Homme était conscient de sa vulnérabilité et ne se considérait pas comme un démiurge. C’est pourquoi il faudra beaucoup d’humilité, et de l’honnêteté intellectuelle, pour admettre que sous la puissante déflagration du Covid-19, une page se tourne, un basculement se dessine, laissant entrevoir un monde nouveau auquel il faut déjà s’adapter. Pour enfoncer le clou, les études les plus récentes révèlent qu’à cause des effets dévastateurs du Covid-19 sur les économies, dès l’année 2028, la Chine deviendra la première puissance économique mondiale. 


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Bien sûr, les contours de ce monde nouveau ne sont pas encore assez nets pour en distinguer la substantifique moelle, mais il est clair au regard des résultats mêmes de la bataille anti-Covid-19, que les modèles de demain ne seront plus ceux d’hier. Dans cette bataille, l’Afrique fait bien mieux que les pays développés, qui se complaisent à ne voir dans ce résultat que l’effet automatique de la jeunesse de la population africaine, et non pas le fruit d’une stratégie pensée et appliquée avec méthode. Certes, ce n’est pas encore le temps de l’Afrique, que les spécialistes de la géostratégie évoquent avec tellement de prudence, voire de scepticisme, tant notre terre-mère a été reléguée dans la raque de l’histoire, mais le continent noir, qui ouvre l’année 2021 avec le démarrage de la zone de libre échange continentale (ZLECAF) et une maîtrise relative de la pandémie, malgré le choc économique, est définitivement sur une nouvelle trajectoire.


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Et le Cameroun, dans cette mouvance ? Malgré les effets pervers du Covid-19, perceptibles dans toutes les strates de la vie sociale et économique, notre pays a opéré au cours de l’année qui s’achève des réformes en profondeur, sous la houlette de son leader, le président Paul Biya. Un président plus présent et plus actif que jamais, malgré le confinement et la mise en berne des activités impliquant sa présence physique. On peut penser que Paul Biya a mis à profit ce temps de recul pour poursuivre la réflexion sur les sujets vitaux, au premier rang desquels l’éradication du Covid-19, la relance économique, le lancement de la nouvelle Stratégie nationale de Développement (SND), l’organisation des premières élections régionales et l’achèvement du processus de décentralisation, perçu comme la réponse politique par excellence à la quête d’une meilleure gouvernance et d’un retour à la paix dans les régions enfiévrées.


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Le chef de l’Etat a en outre signé une multitude de textes réglementaires afin de baliser juridiquement la voie du progrès dans bien des domaines. On peut citer sans être exhaustif, le yard pétrolier de Limbe, la Société nationale des Mines, la National School of Local Administration (NASLA), le Fonds de développement du secteur de l’électricité, le Centre de réhabilitation des Handicapés de Maroua, le Comité de Suivi du Grand dialogue national. En somme, des actes présents qui déterminent le futur. 


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Au cœur de ce bouillonnement de la pensée germe l’idée, ô combien galvanisante, qu’il est temps de sortir de la dépendance économique et commerciale, qui cantonne le pays dans un rôle d’exportateur de matières premières et de consommateur de biens et services importés. On peut aussi y lire l’ambition d’asseoir l’expansion économique sur nos propres forces et ressources, qu’elles soient humaines ou matérielles. 


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De fait, pour le Cameroun comme pour d’autres pays, le Covid-19 a constitué un extraordinaire révélateur de failles. Pourquoi s’en plaindre, dans la mesure où « Nos manques nous servent autant que nos biens », comme l’affirme Jean Guéhenno, écrivain français dans un essai : « Changer de vie », publié chez Grasset ? En effet, le constat de la dépendance en produits pharmaceutiques et technologies médicales, en cette période de Covid-19, a entraîné un sursaut et bien des remises en cause qui ont replacé sur orbite la pharmacopée traditionnelle et les industries locales. Cette remise en cause doit aller encore plus loin, jusqu’à la définition de politiques publiques visant à favoriser la création et l’épanouissement des industries de transformation locales. Ce choix serait en parfaite cohérence avec la Stratégie nationale de développement présentée officiellement en novembre dernier au public et aux partenaires, et dont l’industrialisation et le renforcement du capital humain sont les lignes directrices. Un tel virage cadre par ailleurs avec le lancement du marché commun africain, pour lequel le Cameroun doit diversifier son offre de produits. 


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Il en va ainsi des Accords de partenariat économique avec l’Union européenne : ils ont été en toute logique suspendus, non pas par suite d’une volte-face idéologique, qui cracherait après coup dans la soupe du libre échangisme, mais au nom d’un pragmatisme juste, dicté par les circonstances et l’intérêt supérieur du Cameroun. Dans l’esprit de ce qu’écrivait Charles de Gaulle dans ses Mémoires de guerre, aux Editions Plon : « En économie, non plus qu’en politique ou en stratégie, il n’existe à mon sens, de vérité absolue. Mais il y a les circonstances. » 


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Au cours de cette période si particulière où le coronavirus dicte sa loi, d’autres actes décisifs auront été pris par le chef de l’Etat, notamment dans le sens de la résiliation ou de la redéfinition des contrats avec des firmes internationales engagées dans ces projets avec notre pays. Il apparaît alors clairement qu’à l’heure de mettre le Cameroun sur orbite, Paul Biya n’a pas de culte totémique pour un camp, un système ou une doctrine. Mais il est habité par le désir d’entraîner nos partenaires dans une coopération gagnant-gagnant, en faisant sauter au besoin les verrous de toute nature. 


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Au total, l’année 2020, exceptionnelle à plus d’un titre, chamboulée par le Covid-19 et porteuse de réformes audacieuses, fut un véritable parcours d’obstacles pour le gouvernement, dont 2021 portera encore les stigmates. L’année nouvelle devra pourtant matérialiser la volonté et l’effort du Cameroun de sortir de deux crises, sanitaire et économique, qui sont loin d’être reléguées au passé. Nos compatriotes doivent donc s’attendre à vivre encore, du moins pour un certain temps, des difficultés et des manques, notamment dans le domaine de l’emploi, de la viabilité des très petites et moyennes entreprises, et du pouvoir d’achat. Cela au milieu même de l’impulsion gouvernementale tendant à opérer la « remontada » de l’économie. 


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A la vérité, chacun devra jouer sa partition. Les populations doivent rester mobilisées, travailleuses et vigilantes. Le gouvernement, rivé sur sa feuille de route, doit s’atteler à matérialiser l’espoir des Camerounais, qui attendent beaucoup des réformes économiques engagées et de la décentralisation, enfin sur orbite de manière intégrale en 2021. Après le Grand dialogue national convoqué par le chef de l’Etat, afin d’apaiser les tensions dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, le gouvernement aura aussi à cœur de construire un consensus minimal avec les autres forces politiques, dans l’intérêt du pays. Il est clair que rien de durable ne se bâtit au milieu des embrasements et des fièvres que des manœuvriers et une certaine opposition s’obligent à susciter par intermittence. 


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