« Joe Biden est le messager d’une ère moins tumultueuse »

Junior Ezee, internationaliste internationaliste et chercheur principal au Think Tank CEIDES.

Ce mercredi 20 janvier 2021 s’ouvre l’ère Biden aux Etats-Unis. Que peut changer l’arrivée de ce démocrate à la Maison blanche ? 


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L’entrée en fonction de Joe Biden va marquer pour l’essentiel une rupture avec la politique trumpienne, en termes d’idéologie, de méthode, procédés, priorités et d’objectifs stratégiques nationaux et internationaux. Contrairement à Donald Trump qui se revendiquait de l’anti-establishment, Joe Biden est un pur produit de cet « establishment ». Ce qui augure un leadership totalement différent. De plus, Donald Trump a pendant son mandat été le porte-étendard de l’unilatéralisme, d’un souverainisme souvent exacerbé sous la doctrine « America first » qui, il faut le rappeler ne cadrait pas toujours avec les attentes et les besoins de ses alliés traditionnels et des partenaires internationaux. Même s’il adhère à cette doctrine, il va s’en dire que Joe Biden, fervent défenseur du multilatéralisme est le messager d’une ère moins tumultueuse au sein des alliances globales. En se prononçant pour un retour des Etats-Unis comme « gendarme du monde », Joe Biden tend à (re)normaliser la scène internationale en faisant baisser les tensions diplomatiques bilatérales et multilatérales. 


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Joe Biden arrive aux affaires en plein Covid-19, dans un contexte où la fracture sociale est assez marquée et où la criminalité prend de l’ampleur. Aura-t-il les coudées franches pour venir à bout de ces fléaux ? 


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Le contexte américain actuel est particulièrement inquiétant. On observe bien trop de divisions et de fractures, qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses, politiques ou économiques. Les ravages du Covid-19 sont venus amplifier ces clivages. L’émergence du mouvement Black Lives Matter a remis au-devant de la scène le mal-être profond, mais endormi de la communauté afro-américaine, qui du reste n’est pas la seule à se sentir frustrée et marginalisée. Conscient de cette déliquescence, le président Joe Biden a appelé à l’unité, à la solidarité et à l’union nationale afin que l’énergie de tous les citoyens américains puisse converger vers la réconciliation. A l’inverse de Trump qui a notamment été critiqué pour son slogan « la loi et l’ordre » et pour sa légèreté dans ses prises de position sur des questions sociales extrêmement sensibles. Joe Biden qui continue de mobiliser des personnes compétentes et expérimentées, s’est inscrit dans un tout autre registre. Exceptés les élans de populisme, voire d’extrémisme manifestés par les pro-Trump, le président Biden devrait malgré les difficultés parvenir à diminuer les tensions grâce à sa stratégie de dialogue et de gouvernance inclusive. 


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Les Etats-Unis ont perdu de leur influence à travers le monde pendant le règne de M. Trump. L’unilatéralisme a pris le pas sur le multilatéralisme. L’arrivée de Joe Biden peut-elle contribuer à reconquérir ce leadership ? 


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Joe Biden est un partisan de l’idéologie globaliste alors que Donald Trump est un nationaliste convaincu. Sur ce point, la ligne de démarcation entre ces leaders politiques est très claire. Leurs perceptions et agissements seront donc diamétralement opposées. Pour Joe Biden, il ne faudra pas simplement se contenter de redonner à la politique étrangère américaine son lustre d’antan, il faudra faire bien plus, la remettre au cœur des grands enjeux internationaux dans un contexte très concurrentiel où il faudra regagner le terrain cédé par Trump. Je pense que Joe Biden fera en sorte que son pays renoue rapidement avec l’UNESCO, le Conseil des droits de l’Homme, l’Accord de Paris sur le climat, l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, le Traité de désarmement sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) ou encore rétablisse ses contributions à l’ONU, à l’OMS surtout avec la résurgence de la Covid-19. En nommant l'ex-secrétaire d'État, John Kerry, qui avait négocié et signé lui-même l’Accord de Paris en 2015, Joe Biden envoie un signal fort à ses alliés et aux partenaires internationaux. On est en droit d’attendre qu’il tienne ses promesses en revenant sur l’interdiction d’immigrer aux États-Unis pour les citoyens de certains pays musulmans. Joe Biden devrait aussi revoir le déploiement des troupes américains dans les fronts extérieurs, questionner la politique d’annexion des territoires palestiniens par Israël et réévaluer le soutien américain en faveur de l’Arabie Saoudite sur la guerre au Yémen. Il est par ailleurs moins certain que les tensions avec la Chine s’estompent. 


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Sous Donald Trump, l’Afrique n’était pas au centre des priorités des Etats-Unis. Faut-il espérer qu’avec l’arrivée de l’administration Biden, elle fasse partie de l’agenda de Washington ?   


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Il ne fait l’ombre d’aucun doute que l’Afrique retient plus l’attention dans la politique américaine sous Joe Biden que sous Trump. Malgré, la priorité « America first » et les difficultés que traversent les USA du fait de la Covid-19, de la crise économique et des tensions sociopolitiques, l’action américaine sera plus significative sur le continent. Durant la campagne, le candidat Joe Biden a su s’entourer d’une équipe rodée sur les questions africaines. Lui-même connait fort bien l’Afrique pour y avoir séjourné à plusieurs reprises du temps où il était président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat et vice-président des Etats-Unis. Il a longuement exprimé son intention d’approfondir les relations entre son pays et l’Afrique. C’est ce qui a justifié sa stratégie pour conquérir la communauté afro-américaine et la diaspora africaine. Il s’est engagé envers elles à éliminer les restrictions contre les pays africains musulmans et à renforcer le programme pour la jeunesse africaine, Yali (Young African Leaders Initiative), qui avait été mis en place par l’équipe de Barack Obama en 2010. Avec un peu plus de vigueur, la politique africaine des Etats-Unis s’articulera tout d’abord, sur les questions de coopération diplomatique, et dans ce cadre la nomination d’Antony Blinken, le nouveau secrétariat d'État (l'équivalent du ministère des Affaires étrangères aux États-Unis) qui a mené plusieurs missions en Afrique et de Linda Thomas-Greenfield, diplomate afro-américaine, qui a été ambassadrice au Liberia et secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique, comme ambassadrice à l'ONU constituerait un véritable atout. Ensuite, la coopération économique largement influencée par la montée en puissance de la Chine sur le continent, désormais son premier partenaire commercial, continuera d’avoir une trajectoire mieux ciblée avec la nouvelle agence de développement, the US International Development Finance Corporation (USIDFC). Enfin, la collaboration sécuritaire, la lutte antiterrorisme, la résolution des conflits, la prévention et lutte contre l’extrémisme violent et les droits de l’homme seront au centre des échanges américano-africains.


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