« On pourrait relocaliser ces espèces »

Jean David Ndjiba, délégué régional des Forêts et de la Faune pour l'Extrême-Nord.

Ces dernières années, les éléphants quittent le parc national de Waza pour causer des dégâts dans les champs. Qu’est ce qui peut justifier cela ? 


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Cette situation est une conséquence des changements climatiques. Le milieu naturel reconnu pour les éléphants est le parc national de Waza, vaste de 153 000 ha. Il y a une trentaine d’années, le problème ne se posait pas. Puis, en un temps, les éléphants se sont divisés en deux troupes, l’une prenant la direction du Nord vers Kalamaloué dans le Logone et Chari, et l’autre groupe qui a pris la direction du Sud, vers Kalfou. Il s’agissait là de déplacements saisonniers, c’est-à-dire en périodes difficiles, pour aller dans des biotopes où l’on retrouve facilement de l’eau et des graminés. Grâce à leurs horloges biologiques, ces éléphants remontaient au parc de Waza le moment venu, mais compte tenu des changements climatiques, les conditions de vie deviennent plus rudes à Waza et les éléphants n’y retournent plus facilement. Les populations ont alors commencé à occuper leurs corridors de migration et les éléphants se retrouvent noyautés. Il y a 20 ou 30 ans, les éléphants étaient en nombre réduit. On les estimait à environ une cinquantaine. Aujourd’hui la population des éléphants a grandi. On les estime à 300 têtes, voire plus. La population des êtres vivants, elle aussi a évolué, et les deux populations viennent se disputer les mêmes ressources et la même surface. La réserve de Kalfou n’est pas un parc. C’est une réserve transférée à la commune de Kalfou. Elle n’est pas vouée à la conservation de la faune.


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La conséquence c’est que les éléphants mettent les populations en danger…


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 Le ministère des Forêts et de la Faune en tant que démembrement du gouvernement fait son travail du côté technique. Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Le Minfof agit sur des leviers importants pour pouvoir réduire les conflits homme-faune. Nous menons plusieurs activités, entre autres, les réunions de sensibilisation, l’apprentissage des méthodes de refoulement, les attitudes à prendre quand on se retrouve face aux pachydermes. Nous cherchons les mécanismes à mettre en place pour prévenir ou tout au moins réduire les conflits. Le chef de poste forestier et de chasse tient régulièrement des réunions de sensibilisation qui sont coordonnées par le Minat représenté par le sous-préfet. Quand il y a des dégâts, le problème ne concerne plus seulement le Minfof. 


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 Qu’est-ce qui est mis en œuvre pour éviter les relations conflictuelles entre les hommes et les animaux ?


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A Kalfou, la capacité de la charge est déjà dépassée. Il faut trouver des solutions. On pourrait procéder à la relocalisation de ces espèces dans la région du Nord qui a trois parc nationaux à savoir, le parc de Bouba-Ndjida, le parc de la Benoué et le parc de Faro. Le Nord a une quarantaine de zones de chasse contrairement à l’Extrême-Nord qui n’en dispose d’aucune. La chasse sportive ne se fait pas dans les parcs, mais dans des zones précises. L’administration en charge de la faune doit octroyer des permis de chasse aux chasseurs professionnels pour procéder à la chasse lorsqu’on ouvre la saison sportive. Ceci permettrait non seulement de réduire la population d’éléphants, mais aussi d’avoir les protéines animales.


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Les conventions internationales qui interdisent l’abattage de ces animaux sont-elles un frein à la résolution de ce problème ?


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Dans les conventions internationales, il y a la chasse sportive. Elle est autorisée. Nous pouvons faire une programmation sur 5 ou 10 ans. On libelle bien les plans de tirs et les services techniques doivent préparer les quotas à abattre. Il faut sécuriser ces zones. Le refoulement en lui-même ne résout pas le problème des éléphants. Les éléphants se déplacent à la recherche de l’eau et un seul éléphant boit au minimum 100 litres d’eau par jour. Il faut mettre en place des mares d’eau et les sécuriser à travers des digues de protection. Les éléphants auront alors devant eux une barrière, ce qui permettrait ainsi d’éviter les conflits avec les hommes. A long terme, il faut qu’on déguerpisse les populations au niveau des corridors de migration. Nous sommes en train de travailler sur la possibilité de créer une commission régionale de gestion des conflits hommes-pachydermes. Une commission qui sera pilotée par le gouverneur de la région.


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