CEMAC: le nécessaire ajustement

  C’est avec soulagement certes, mais aussi avec appréhensions que de nombreux Camerounais ont accueilli le communiqué final du Sommet des chefs d’Etat d’Afrique centrale tenu vendredi dernier à Yaoundé. Soulagement parce que la dévaluation du franc CFA qui était annoncée par certains observateurs comme l’une des issues probables de ces assises n’a pas été retenue. Elle ne pourrait être remise au goût du jour que si la thérapeutique prescrite à Yaoundé ne produit pas les résultats escomptés. Quant aux appréhensions, elles sont liées à l’annonce du recours aux politiques d’ajustement structurel en vue de la relance de la croissance en Afrique centrale.
  Le fait que l’expression ajustement structurel suscite des appréhensions au sein de l’opinion publique nationale n’est pas fortuit. Certaines mesures draconiennes prises dès la fin des années 80 et durant la décennie 90 pour redresser l’économie nationale : baisse des salaires, gel des avancements, gel des recrutements à la Fonction publique, départs anticipés à la retraite… restent présentes dans les mémoires. De plus, de nombreux Camerounais avaient relevé à l’époque pour le déplorer que non seulement les mesures d’accompagnement annoncées arrivaient à contre-temps ou étaient attendues indéfiniment, mais aussi que la réduction du train de vie de l’Etat n’était pas allée aussi loin qu’ils le souhaitaient.
  Un coup d’œil rétrospectif sur cette période de grave crise économique permet néanmoins de conclure que c’est parce que les Camerounais avaient accepté de « se serrer la ceinture », selon une expression consacrée, que le Cameroun a pu atteindre tour à tour durant les années 2000 le point de décision, puis le point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Ce qui a permis entre autres de relancer la croissance de l’économie nationale, de rendre de nouveau crédible la signature de Yaoundé auprès des bailleurs de fonds, de relancer l’investissement public…
  Si la situation économique sous-régionale s’est dégradée depuis 2014, c’est à la fois en raison de facteurs endogènes et exogènes. Au plan externe, la baisse des cours du pétrole brut sur le marché international et l’augmentation exponentielle des dépenses sécuritaires ont aggravé ces dernières années les déficits budgétaires. Par ailleurs, la chute des cours des matières premières avec ses conséquences sur les exportations en valeur a induit un déficit des balances de paiement. Au plan interne, parmi les facteurs aggravants de la situation actuelle, on peut citer notamment, la non maîtrise de la qualité de la dépense, la corruption qui gangrène les économies sous-régionales, la gouvernance qui n’est pas la chose la mieux partagée au sein des administrations publiques.
  Compte tenu de la donne actuelle de l’économie sous-régionale, certains pays devront faire face à un nouvel ajustement, s’ils veulent poursuivre résolument leur marche vers l’émergence. L’ajustement, il faut le dire, est dicté par la conjoncture économique. Ni les Etats, ni les consommateurs pris individuellement ne peuvent s’en soustraire quand leurs revenus sont en forte baisse. Les pays concernés devront donc s’imposer une série de mesures dont les moindres ne sont pas la réduction du train de vie de l’Etat, la maîtrise de la dépense publique, l’intensification de la lutte contre la corruption, la démocratisation de la gouvernance, l’amélioration du climat des affaires. C’est ainsi, et c’est seulement ainsi qu’ils pourront relancer, puis accélérer la croissance économique en la rendant inclusive.

 

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