55 ans au service de l’Eglise

Le cardinal Christian Wiyghan Tumi laisse de lui l’image d’un artisan de la paix et la réconciliation nationale.

Le tout premier cardinal camerounais voire d’Afrique centrale, Christian Wiyghan Tumi, n’est plus. La terrible nouvelle a surpris plus d’un au réveil, samedi dernier, dans la capitale économique, Douala. Au cours de la messe de 7 h, l’archevêque métropolitain de Douala, Mgr Samuel Kleda, a annoncé la triste nouvelle au peuple de Dieu. Douleur suprême, regrets éternels, mais consolation aussi. Hasard de calendrier, le cardinal Tumi a tiré sa révérence, en pleine semaine sainte, en plein triduum pascal, 24 heures avant la célébration de la résurrection du Christ. Jusqu’au bout, ce prêtre sera resté un homme d’exception. Sa naissance à Kikai Kela’ Ki dans le département du Bui, chef-lieu Kumbo, dans la région du Nord-Ouest, ne le prédestinait pas à une vie si illustre. Ses parents, Thomas Tumi et Catherine La’Ka sont d’ailleurs très inquiets quant à la survie de ce bébé maladif. Convaincus de ce qu’il ne survivra pas, les parents du nouveau-né tombent d’accord en 1930 pour lui donner le nom de Wiyghansai Tumi, en langue française « passager en transit dans ce monde ». Son camarade d’enfance, lui aussi devenu évêque, Mgr Paul Verdzekov, va mieux traduire ce nom en anglais par « a visitor in this world » Le jeune Tumi, devenu aujourd’hui prince de l’Eglise catholique romaine, a donc déjoué tous les pronostics. Et le voilà qui s’en va à 91 ans. Mais alors avec quel parcours !

Après sa formation au Bigard Memorial Seminar d’Enugu, pour le compte du diocèse de Buea, Christian Tumi est ordonné prêtre à Buea (Soppo) le 17 avril 1966 par Mgr Jules Peeters alors évêque du diocèse de Buea. Le 20 août 1966, le jeune abbé est nommé curé à la paroisse Sacré-Cœur de Fiango à Kumba. Il y officie jusqu’en septembre 1967, date à laquelle son évêque l’engage à servir comme formateur de l’équipe de Bishop Rogan College du petit séminaire de Buea. Il assume cette charge jusqu’en août 1969. Mgr Jules Peeters l’envoie ensuite aux études. L’abbé Christian Tumi dépose ses valises à l’université catholique de Lyon en France. Au terme de sa formation en philosophie, il y décroche son diplôme de maîtrise. Mais entre temps, Rome procède à l’éclatement du diocèse de Buea. Bamenda est érigé à son tour en diocèse. L’abbé Christian Tumi, selon les dispositions du droit Canon, a le choix de rester à Buea où il a été ordonné prêtre ou d’appartenir au diocèse de Bamenda. Sans hésiter, il opte pour le diocèse de Bamenda. Il changera d’université dans la foulée. Le voilà à l’université de Fribourg en Suisse où ses études de philosophie sont couronnées par l’obtention d’un doctorat en philosophie en 1973.

De retour au Cameroun, il est nommé recteur fondateur du grand séminaire Saint Thomas d’Aquin de Bambui. C’est de Bambui que l’abbé Christian Tumi est nommé le 06 décembre 1979 par sa Sainteté le pape Jean Paul II, évêque du diocèse de Yagoua. Il remplace à cette charge Mgr Louis Charpenet, décédé le 05 décembre 1977. L’abbé Christian Tumi est consacré évêque par le pape en personne le 6 janvier 1980 en la basilique Saint Pierre de Rome. Deux années plus tard, le 19 novembre 1982, il devient archevêque coadjuteur de Garoua. Il devient archevêque de Garoua le 17 mars 1984. Créé cardinal par le pape Jean Paul II lors du consistoire du 28 juin 1988, l’archevêque de Garoua devient archevêque de Douala le 31 août 1991. A l’âge de 79 ans, il prendra sa retraite le 17 novembre 2009. Depuis cette date, son archevêque coadjuteur d’alors, Mgr Samuel Kleda, assure la charge d’archevêque métropolitain de Douala. Un archidiocèse qui pleure un homme d’église au service de la vérité. Le discours du cardinal Christian Tumi a rarement été tendre envers ceux qui exercent les charges publiques. Ce prélat ne se contentait pas de rester cloitré dans son église. Il défendait son droit à la participation de la construction de la maison Cameroun, avec son style iconoclaste. Ses œuvres sociales : les nombreuses paroisses, la cathédrale Sainte Thérèse de l’enfant Jésus de Garoua, le Collège sainte Thérèse de Garoua, le petit séminaire Saint Paul de Guider, la réhabilitation de la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Douala, Macacos, Radio Véritas trahissent son coté de bâtisseur infatigable. Il reste vivant parmi les vivants à travers cette œuvre incommensurable.

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