Interview: « Une démarche constructive est celle qui respecte les procédures »

Manassé Aboya Endong, professeur titulaire de science politique et directeur exécutif du Groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique (GREPDA).

Des formations politiques se sont retrouvées en fin de semaine dernière à Yaoundé, pour mettre sur pied un cadre permettant de contribuer à l’amélioration du Code électoral. Quel regard jetez-vous sur cette démarche ? 

Le pouvoir de légiférer et de faire les lois qui encadrent et régulent la vie politique est dévolu au Parlement qui, conformément à la constitution, exerce le pouvoir législatif et contrôle l’action du gouvernement.  Cette précision renseigne sur l’inopportunité manifeste de la démarche de ces partis politiques qui s’illustrent par un « hors jeu » manifeste et un « hors sujet » caractéristique d’une volonté d’improvisation et d’animation par à coup de la vie politique au Cameroun.  La fabrique du droit politique, celui qui concerne précisément l’encadrement normatif du jeu sensible et mobilisateur de la conquête et de la conservation du pouvoir ne saurait s’accommoder des rapports à géométrie variable au système électoral avec pour fantasme de parvenir à une loi électorale consensuelle, perspective qui ignore et minore une posture constante en sociologie du droit, posture selon laquelle la fabrique du droit obéit davantage à la dynamique des rapports de force.

Le caractère jusqu’au-boutiste affiché par les initiateurs de ce cadre vous semble t-il constructif ?

Une démarche constructive est celle qui respecte les procédures normatives et législatives qui encadrent la fabrique du droit. En l’état, la démarche de ces leaders pourrait à tort ou à raison être assimilée à une défiance politique, d’autant plus qu’elle s’inscrit manifestement dans la continuité d’une campagne de contestation postélectorale. Le jusqu’au-boutisme affiché peut pervertir l’ambition politique lorsqu’il se confond à un jeu à somme nulle entre les institutions habilitées à légiférer d’une part et les partis politiques impliqués dans une telle démarche d’autre part. Sous ce rapport, il devient laborieux d’apprécier la part constructive d’une démarche jusqu’au-boutiste aux relents de bras de fer entre les institutions et les formations politiques considérées. À défaut d’être constructive, cette démarche est polémique dans la mesure où parmi les formations politiques impliquées, certaines ont en vain revendiqué une victoire électorale sous le même système électoral considéré comme « obsolète » selon le communiqué sanctionnant la rencontre des ces formations politiques.  

A la lecture du communiqué ayant sanctionné cette assise, on a le sentiment que le Code électoral en vigueur constitue un frein à l’alternance politique et une source de déstabilisation de notre pays. Partagez vous ce point de vue ?

Ce communiqué trahit globalement l’inconséquence, l’incohérence et les contradictions qui suscitent une démobilisation quasi irréversible dans les rangs des partis d’opposition. On pourrait alors se demander comment un système électoral qui a consacré les uns députés, les autres maires, peut-il être présenté comme anti-démocratique et porteur de germes d’instabilité et de déstabilisation ? Le système électoral a bien démontré sa capacité à rendre possible l’alternance notamment là où de nouvelles formations politiques à l’instar du PCRN ont pu remporter des élections municipales ou législatives. Ce point de vue est donc subjectif et ne résiste manifestement pas à l’épreuve des faits.    

Peut-on honnêtement penser que le gouvernement soit resté fermé aux propositions de réforme du Code électoral toutes ces années ?   

Une telle affirmation relève de la méconnaissance de la dynamique du droit politique au Cameroun. Le gouvernement de la République a toujours travaillé à améliorer le système électoral pour rendre les élections le plus crédible possible. Dans cette perspective, il a souvent consulté les leaders des formations politiques et la société civile.  La prise en compte des rapports des observateurs électoraux qui sont systématiquement intégrés dans le processus électoral en tant qu’évaluateurs participe de cette volonté de modernisation du système électoral. Dans sa structure et sa forme actuelles, la loi électorale qui sert d’instrument d’administration des élections date de 2012. Le gouvernement a travaillé à produire un document unique contenant les dispositions normatives qui régissent l’organisation et le déroulement des élections rompant ainsi avec les documents épars qui servaient de cadre normatif de régulation du jeu politique. Le droit politique n’est pas posé ne varietur. Il n’est pas statique mais évolutif. Le gouvernement en est conscient et travaille à moderniser son système électoral avec la patience et la sérénité qui le caractérise lorsqu’il s’agit de satisfaire le citoyen-électeur.

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category