Violation de la vie privée: Les vidéos de la honte

La publication d’images des personnes souffrantes ou décédées devient récurrente sur les réseaux sociaux.

Une vidéo tournée quelques minutes après le décès du cardinal Christian Wiyghan Tumi fait le buzz depuis le 3 avril dernier. Les images du corps du prélat, affalé sur un lit d’hôpital à Douala se sont répandues sur la Toile. Le contenu jugé sensible par Facebook, a pourtant permis aux internautes de vivre à la préparation du transfert de la dépouille à la morgue. La profanation du corps du prélat décédé à 91 ans a été à l’origine d’une vague indignation sur Internet. « Cette diffusion est un crime », « C’est vraiment triste, comment les gens peuvent balancer le corps d’une éminence comme celle-là sur les réseaux sociaux ». Le ministre de la Santé publique est monté au créneau le même jour. « Dans ces moments de compassion, suite au décès du Cardinal Tumi, il est inacceptable que des images qui violent son intimité soient diffusées. Une investigation a été prescrite pour établir les responsabilités à cet effet », a déclaré le Dr Manaouda Malachie sur son compte Twitter.

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Des cas de profanation de cadavres comme celui du cardinal Christian Tumi sont légion sur la Toile. La publication d’une vidéo à 837 partages, présentant le corps d’une dame, recouverte d’un drap à même le sol à l’entrée d’un hôpital de Yaoundé, le 23 mars dernier est encore fraîche dans les mémoires. Celle d’un sexagénaire qui aurait succombé à des blessures suite à une agression à Nyanon, dans la Sanaga-Maritime a permis, aux abonnés de la page Facebook d’un blogueur camerounais, de vivre en direct les lamentations de ses proches. « On assiste là à la banalisation des souffrances des autres. On a l’impression de s’habituer aux situations qui affectent les autres en toute insensibilité », s’insurge le Pr. Claude Abé, sociologue. L’exposition d’une intimité qui démarre très souvent dès l’hospitalisation. Le pays tout entier a assisté aux premières heures d’hospitalisation de l’ancien directeur général de la CRTV, le Pr. Gervais Mendo Ze, le 13 mars 2021. Blogueurs, activistes et internautes ont ainsi partagé des images et vidéos d’un universitaire tout amaigri sur un lit d’hôpital. Des mentions telles que : « Rip par anticipation » accompagnaient alors les différentes publications, story et statuts WhatsApp. « Il y a ici l’adhésion à une culture de l’anesthésie de la compassion. On fait face à l’absence de recul critique quant aux conséquences de la circulation de ce que l’on relaie passivement », poursuit le sociologue.

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La recherche effrénée du scoop a ainsi donné place à la publication de vidéos d’enfants ou des patients en plein agonie. Si certains cameramen d’un jour ont été suspendus par le Minsanté pour une durée de trois mois comme cela a été le cas avec les infirmiers en salle de réanimation du jeune Blériot, élève au lycée de Deido en 2019, le Code pénal demeure intransigeant face à ces cas de profanation des cadavres.

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