Homme de consensus

L’héritage du lamido de Garoua couvre plusieurs champs d’action.

En présidant la session de plein droit du Conseil régional du Nord le 22 décembre dernier, le gouverneur du Nord, Jean Abate Edi'i, passant la parole au doyen d’âge de cette assemblée, avait invité l’assistance à faire une standing ovation à Alim Hayatou. De sa voix grave et imposante qui tranchait avec sa discrétion, Alim Hayatou, doyen d’âge du Conseil régional du Nord avait pris la parole pour fixer le cap de la suite des débats. Il avait conduit de main de maître l’élection du président du Cconseil régional. Au bout du processus, Alim Boukar, décédé malheureusement la semaine dernière, avait été plébiscité. Ceux qui avaient suivi les tractations de coulisses pour la mise en place des organes du Conseil régional du Nord ne pouvaient pas se hasarder à pronostiquer une issue heureuse du scrutin. Les tensions étaient vives avant l’élection. Par son autorité morale, son tact, ses qualités innées de leader, Alim Hayatou avait su fédérer les énergies. Membre du Conseil régional, élu dans la catégorie des représentants du commandement traditionnel, celui qui était également président de l’association des chefs traditionnels du Cameroun a été un grand acteur de la mise en place de la décentralisation.

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Un « ouvrier » de l’ombre. Acteur social, il était le promoteur de Bénoué FM, radio communautaire de grande audience à Garoua. Il a encadré les couches défavorisées, notamment la jeune fille. Fervent défenseur de la scolarisation de la jeune fille dans le Grand Nord, ce passionné de football et de courses de chevaux était aussi un grand amateur de musique traditionnelle. Le message le plus fort qu'il légué à la postérité c’est celui d’un rassembleur. Il a réussi à faire vivre pacifiquement les autochtones et les communautés venant d’autres régions du Cameroun et des pays voisins. Garoua est une ville cosmopolite qui accueille une importante communauté nigériane mais aussi des Tchadiens, des Centrafricains. Au plus fort de la crise anglophone et des menées de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, il avait instruit ses collaborateurs du lamidat de réserver l’hospitalité aux frères et soeurs qui fuient les exactions des bandes armées qui sévissent dans les forêts de Sambissa, du Bui, de la Mezam et du Lebialem notamment. Le défunt monarque s 'est hui aussi illustré sur le terrain du dialogue interreligieux. Mgr Faustin Ambassa Ndjodo, archevêque métropolitain de Garoua garde de lui l’image d’un homme de paix, de foi et de prière. Bref un apôtre de la tolérance. Son décès qui survient entre une fête chrétienne, la Pâques et le début du jeûne du ramadan, la semaine prochaine, est un message qu’il laisse à ses administrés : celui de la paix, de l’amour du prochain et du pardon.

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