Classes d’examen: Des élèves sous pression

Depuis la reprise des cours en octobre dernier, pas de répit pour les candidats aux examens officiels. Les signes de fatigue qu’ils montrent inquiètent les familles.

Ce que cette petite famille vivant à Yaoundé prenait pour un caprice depuis des jours est en train de quasiment virer au drame, ce samedi 3 avril 2021. Elève de CM2, candidate au concours d’entrée en 6e et au Cep, Cheryl E., 9 ans, refuse d’entendre parler d’école ce jour. Ni les câlins, ni les friandises, rien n’y fait. « Maman je suis fatiguée. Je veux encore dormir s’il te plaît », se plaint la gamine en larmes. La mère de famille cède. La fillette émergera de son sommeil aux alentours de 11 h.

Dans le forum WhatsApp de sa classe où sa mère partage « l’incident », les langues se délient. La moitié des parents assure que leurs enfants sont également sur les rotules. « Les réveils sont de plus en plus difficiles le matin. Les départs pour l’école qui, se faisaient avec beaucoup d’entrain au premier trimestre, s’effectuent actuellement avec des crises de larmes quelques fois, ou sur d’âpres négociations », confesse un père de famille dans le groupe. « C’est pareil pour ma fille. Elle m’arrache tous les matins, depuis un mois, la promesse de lui garder quelque chose avant d’accepter de quitter la maison sans « histoires » », avoue la mère d’une autre petite camarade de Cheryl E.

Depuis la rentrée scolaire d’octobre 2020, les élèves des classes d’examen n’ont pratiquement pas eu de répit. Du primaire au secondaire, ils sont soumis à une intense charge de travail et à un rythme effréné. C’est cours de lundi à samedi pour tous ; de 7h30 à 17h30 pour beaucoup. « Même les jours fériés sont exploités. Dans le collège de mon fils, les élèves doivent être là à 6h15 pour prendre part à l’étude matinale de 6h30 à 7h30 », explique Joseph N., cadre administratif, parent d’un élève de première C. Selon certains élèves, « depuis le début de cette année, les devoirs sont plus nombreux, il est difficile de les finir et la pression morale est forte ». Après l’école, il faut encore étudier et il n’y a quasiment pas de moment pour souffler. « La sortie de classe a lieu à 17h30 pour moi. Je mets 30 minutes à arriver à la maison. J’ai à peine le temps de me laver et manger, que je dois déjà faire mes devoirs et étudier mes leçons, ou effectuer des recherches. Je peux travailler ainsi jusqu’à minuit, avant de me mettre au lit. Je me lève tous les matins à 4h30. Certains jours, je suis si fatigué que je me couche immédiatement au retour de l’école. Là, je me réveille à 1h du matin pour étudier jusqu’à 4h30 », explique Siméon Ndomane, candidat au probatoire.

Pour les enfants soumis en plus aux cours de répétition à domicile ou à l’école, la situation est encore plus complexe. « Généralement quand j’arrive à la maison vers 18h15, mon répétiteur de Maths-PCT-SVT est déjà là. Nous enchaînons jusqu’à 20h30-21h, sans que je ne me sois reposé. Si l’on y ajoute mes participations au culte du dimanche, il se trouve que je sors tous les jours de la semaine. Je n’ai pas de jour de repos : j’ai d’ailleurs suspendu mon inscription au club basket », soutient Austin Andjama, jeune prodige de 16 ans, candidat au bac C. Interrogé sur le rythme effréné que subit son enfant, le père explique : « C’est l’année scolaire hors norme qui le veut. C’est un sacrifice. Nous voulons qu’il soit le meilleur, cela lui donnera plus d’opportunités pour le supérieur. » Hélas, certains établissements et parents en font tant et si bien que l’enfant n’a plus de temps pour autre chose : lessive, travaux ménagers et autres activités de détente. Ce qui peut être dangereux pour le développement personnel et l’acquisition des aptitudes extrascolaires.

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