RDPC: La vie avec la concurrence

Parti unique jusqu’au début de l’année 1991, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais a su conserver sa place de leader, tout en composant au besoin avec ses adversaires.

Il était assurément celui qui avait le plus à perdre de l’ouverture de l’espace politique camerounais au début des années 1990. Né des cendres de l’Union nationale camerounaise (UNC) le 24 mars 1985 à Bamenda, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) faisait jusque-là cavalier seul. On peut donc comprendre que les velléités de multipartisme manifestées par certains acteurs, dont certains issus de ses propres rangs, ne pouvaient pas rencontrer une opinion favorable chez tous les militants de cette formation politique.


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Aux appels au multipartisme de certains dès la première moitié de l’année 1990, l’on assista à une forte mobilisation des militants et des cadres du RDPC qui allait aboutir en avril 1990 à des « marches de soutien » avec le désormais célèbre slogan « Non au multipartisme précipité », lancé pour la circonstance. Deux mois plus tard, à l’occasion du 1er Congrès ordinaire du parti, dont il est également le président national, Paul Biya a définitivement fixé les uns et les autres : « Notre Parti est fort, certes, mais il doit dès aujourd’hui se préparer à affronter une éventuelle concurrence. Sachez donc vous y préparer », déclarait-il le 28 juin 1990 dans son discours de politique générale au Palais des Congrès de Yaoundé. Sous les applaudissements nourris de ses camarades. La session parlementaire de novembre-décembre 1990 allait faire le reste. Les dés étaient définitivement jetés.


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Pourtant, pour ceux des plus anciens militants de cette formation politique, la pluralité des candidatures n’était pas un phénomène nouveau. Le RDPC avait dû s’y résoudre dès l’élection de ses premiers responsables de base en 1986. Parti unique, il opta également pour la pluralité des candidatures lors des élections municipales de 1987 et lors des législatives de 1988, et même lors de la présidentielle de la même année. Matérialisation de l’engagement politique du président de la République, et non moins président national du RDPC, depuis son accession à la magistrature suprême du Cameroun, le 6 novembre 1982.


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Lorsque les premiers partis de l’ère du multipartisme voient le jour en février 1991, ceux-ci sont parfois l’œuvre d’anciens militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais qui ont tôt fait d’enterrer vivant leur ancienne famille politique. Les premières élections multipartistes, en 1992, ont vu de nouveaux partis politiques entrer en scène aux côtés de l’ancien parti unique. L’illustration la plus importante venait certainement du côté de l’Assemblée nationale ou cette formation politique a dû composer avec d’autres pour la constitution d’une majorité lui permettant de gouverner. Ainsi donc, outre cette chambre parlementaire, le gouvernement n’était plus uniquement aux couleurs du RDPC.Pourtant, depuis les élections législatives de 1997, avec une majorité parlementaire confortable, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, sans que rien ne l’y oblige, a continué de gouverner avec d’autres formations politiques. La configuration politique actuelle, au Parlement et au sein des collectivités territoriales décentralisées, est sans doute la preuve que le RDPC a su faire sa mue et s’adapter à son nouvel environnement.


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