« Peu de personnes avec un handicap s’assument »

Martin Camus MIMB, handicapé, journaliste et promoteur de radio.

Frappé par la poliomyélite à l’âge d’un an et demi, vous en êtes resté marqué. Cela a-t-il affecté votre enfance ?


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Lorsqu’on est un enfant qui ne peut pas jouer comme tous les autres, ça marque votre esprit. Heureusement, j’ai eu une famille qui m’a très bien encadré et m’a fortifié au quotidien. J’ai bénéficié d’un environnement au sein duquel je n’étais pas stigmatisé. Mes frères me portaient pour aller à l’école, c’était comme une tâche ménagère inscrite au programme de tout le monde. Ils étaient des fois obligés de me défendre en public afin d’éloigner tous ceux qui se moquaient de mon état. J’étais certes victime de railleries à l’extérieur, mais ma famille m’aidait à surmonter ce qui pouvait être considéré comme un petit complexe. J’ai développé par la suite, un état d’esprit de guerrier. D’ailleurs, au moment de jouer au football, s’il fallait un gardien, on me faisait asseoir aux goals. J’avais la sensation d’être moins différent des autres enfants.    


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Vous êtes le premier Camerounais à avoir commenté une Coupe du monde de football sur une chaîne internationale en 2010 et à présent propriétaire d’une radio. Avez-vous le sentiment d’avoir dû fournir plus d’efforts que le commun pour y arriver ?


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Il n’y a pas de doute, j’ai toujours fourni plus d’effort que d’autres. Lorsque j’arrive par exemple en France et qu’on doit faire le casting des commentateurs sportifs pour la Coupe du monde de 2010, les organisateurs ont refait le même casting au moins trois fois, pour se rassurer que j’étais le meilleur. Il fallait avoir un talent indiscutable, avoir le petit truc que les autres n’ont pas pour qu’on vous accepte. Même lorsque je me rendais dans une radio pour travailler, il fallait toujours faire face à des difficultés d’accessibilité mais, je les bravais sans me plaindre car, je me suis toujours considéré comme une personne normale.  


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Vous parrainez aujourd’hui des enfants handicapés et militez pour leur scolarisation. Est-ce votre histoire qui vous fait vous engager autant pour eux ?


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C’est mon expérience au-delà de mon histoire. Autour de nous, il y a très peu de personnes vivant avec un handicap qui s’assument en public. Justement, parce que la plupart veulent éviter d’être toujours stigmatisés et préfèrent s’éloigner. Or, quand j’ai eu cette lumière, que Dieu m’a fait grâce d’avoir cette réussite, je me suis dit qu’il faut à tout prix démystifier la perception qu’on a des enfants handicapés. Et je crois, que c’est surtout la volonté de montrer aux gens que je n’ai aucun complexe. Je vis avec un handicap. C’est cet état d’esprit qui a permis à certains de prendre conscience. Je parraine aujourd’hui ces enfants pour les amener à comprendre qu’ils n’ont aucune excuse à se résigner. Mon combat est également d’amener les parents à se rendre compte qu’il existe d’autres Martin Camus Mimb chez eux et qu’ils doivent leur donner leur chance. 


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