Frontière Cameroun – Nigeria : Fotokol revit

Outre le trafic entre les deux pays qui reprend, les écoles ont rouvert leurs portes, et les enfants y affluent.

Fotokol. Cette ville du Logone et Chari devenue célèbre à cause des multiples incursions des combattants de la secte Boko Haram basée au Nigeria. Depuis bientôt un mois, les autorités camerounaises après avoir repoussé victorieusement les terroristes, ont décidé de la réouverture de la frontière. C’est  alors que la vie a repris dans cette ville martyrisée. Un déferlement d'activités occupe aujourd'hui les populations au quotidien. Les personnes déplacées qui avaient fui reviennent pleines de confiance. « Depuis que le chef de l’Etat a décidé de desserrer la frontière au niveau du pont sur l’El Beïd qui lie Fotokol à la ville nigériane de Gambaru, le mouvement des biens et des personnes a gagné en intensité », témoigne Brahim un habitant de la localité. Les lundis, les mercredis et les samedis sont les jours de transbordement des marchandises entre les deux villes voisines. Ces échanges de biens par dizaines de grands camions étaient encore impossible en début de cette année. Mais, « depuis quelques mois la paix est déjà de retour à Fotokol. La confiance aussi », se félicite Abouzari Mahamat, le maire de Fotokol. « Moi-même j’ai déjà ramené ma famille avec qui je vis en toute tranquillité », poursuit-il.
Le pont de 141m sur l’El Beïd marque la frontière entre le Cameroun et le Nigeria. Boko Haram a maintes fois essayé de le franchir en vain. Hier déserté, il agrège désormais l’essentiel des activités de la ville.
L’on retient qu’à ce niveau du pont, les batailles étaient rudes.  Boko Haram voulait forcer le passage et les militaires camerounais ont à chaque fois repoussé les terroristes. « Je respecte nos forces de défense. N’eût été leur pugnacité ces gens seraient entrés à Fotokol pour prendre possession de cette ville », se réjouit un habitant.
Autres lieux, autres activités. Dans cette localité depuis deux ans, les cérémonies de remise solennelle de bulletins aux élèves, un moment qui  faisait battre les cœurs des enfants et des plus grands avant septembre 2015 et l'arrivée des hordes terroristes a Gambaru avaient disparu. Pour cause, les écoles étaient fermées. Mais, cette année scolaire 2016/2017 a une autre saveur. Le  calme est de retour et les écoles ont rouvert.  Les élèves peuvent désormais sans craindre d'entendre la moindre explosion d'un coup de feu ou d'un kamikaze de la secte, fréquenter leurs salles de classe. Samedi 17 décembre 2016 dernier, était jour de remise des bulletins à l’école primaire des parents de Madina, une localité située à 10 km de Fotokol (Cameroun) et à 500 m de Gabaru (Nigeria). La cérémonie est solennelle. Comme invités de marque le sous-préfet de Fotokol, Mamoudou, le maire de Fotokol, Abouzari Mahamat et les parents d’élèves. Au programme, un vrai récital: ballets, sketchs, récitations… La curiosité ici c’est que les cours sont dispensés par des militaires camerounais. Le marin, Maître Andrew Tambe, directeur de l’école raconte : « Le premier trimestre s’est bien passé, les élèves ont bien travaillé. Nous les attendons en janvier pour la suite ». Arnaud Kanouma, l’un de ces apprenants, de renchérir : « C’était bien d’être enseigné par des militaires ».

Mamoudou, sous-préfet de Fotokol : « Les activités ont repris »

Quel est l’état d’esprit de vos populations aujourd’hui ?
Je vous assure que l’état d’esprit des populations de Fotokol est serein et au beau fixe. Elles sont davantage galvanisées et rassurées ces jours-ci à cause du desserrement de la frontière décidé par la très haute hiérarchie. Les activités ont repris, les populations déplacées reviennent en masse et nous retrouvons petit à petit le Fotokol d’antan. Dans la ville, les gens vont et viennent, chacun vaque à ses occupations sans inquiétude. La population a applaudit cette décision du chef de l’état. En fait les deux ans passées sans commerce transfrontalier ont vidé Fotokol car la seule activité ici est liée au pont. Depuis trois semaines ce desserrement a entraîné le retour des populations comme une ruée vers l’or. Sinon vous ne verriez pas autant de personnes, elles étaient toutes parties soit à Maroua, à Makary, à Kousseri, au-delà même jusqu’au Tchad.

Que signifie le desserrement de la frontière ?
Il s’agit d’une petite ouverture de la frontière que la haute hiérarchie a autorisée. Il est question  de se donner un temps d’observation avant de passer à l’ouverture complète. Il est permis aux marchandises de passer de part et d’autre du pont sur l’El Beïd qui lie Fotokol à Gambaru les lundis mercredi et samedi. Les autres jours, il n’y a pas d’activité sur le pont. Après une fouille minutieuse, les marchandises traversent le pont à l’aide de charrettes, de porte-tout, de bicyclettes ou sur les têtes. Aucun camion ne traverse avec un chargement. Donc petit à petit la haute hiérarchie va apprécier et voir comment progresser vers l’ouverture totale.

Pourquoi les terroristes en voulaient-ils tant à Fotokol ?
Fotokol est l’Eldorado du département de la région. En fait, je ne trahis pas un secret, mais Fotokol est la porte de sortie du Nigeria, pour les marchandises qui vont au Tchad, au Soudan, en Libye, au Niger et autres pays de l’Afrique. Vous comprenez donc que Fotokol est la voie de transit par excellence. Le pont qui lie Gambaru et Fotokol est très stratégique, en matière douanière les deux années passées sans activités ont fait reculer drastiquement les recettes. Sans être spécialiste des finances, je sais que l’Etat a connu une grande perte. Depuis la reprise des activités, il y a quelques semaines, les devises engrangées vont déjà à plus de 40 millions encaissées par l’Etat.

 

 

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