Médias : la crédibilité de l’information en question

Entre classiques et nouveaux médias, l’opinion publique est de plus envahie des données parfois pas vérifiables.

En matière d’information, chacun a aujourd’hui ses sources et ses canaux préférés. La télévision, la radio et la presse-écrite ne font plus office de maîtres. Les nouveaux médias sont passés par là, avec leurs effets dévastateurs. « Avant, on savait exactement vers où se tourner lorsqu’on était en quête d’une information. Enfant, je voyais par exemple mes parents lire religieusement Cameroon Tribune. C’était leur principale source d’information. Et puis, il y avait aussi les éditions de journaux sur le Poste national de la Crtv et celles de la télévision. Tout ce qui ne venait pas de ces organes était pris avec des pincettes », se souvient Jules Legrand M., étudiant dans une école de journalisme à Yaoundé. 
Depuis la grande ouverture en 1990, intervenue à la faveur de la loi sur la communication sociale, la donne a changé. Le contexte a favorisé l’éclosion de nombreux titres en presse écrite ainsi que le foisonnement de plusieurs chaînes de radios et de télévision. Seulement cette croissance, tout en rapprochant les médias du public, n’a pas affecté positivement la qualité de l’information mise en circulation. Les titres à la Une sont parlants à eux seuls. Dénonciations calomnieuses, dénigrement, culte de la personnalité… On y voit un peu de tout. Surtout des opinions et moins de faits. « D’un bord à l’autre, les canons du journalisme sont allègrement galvaudés. Il n’y a plus de neutralité, plus de distance entre le journaliste et l’information qu’il traite. On voit aujourd’hui des journalistes impliqués au premier degré dans les affaires. De plus, l’influence des propriétaires des organes est sans cesse grandissante : l’information varie régulièrement au gré de leurs intérêts et est traitée sous leurs primes », relève un observateur. « Comment les citoyens peuvent-ils accorder leur confiance aux médias si aucune règle claire n’empêche un actionnaire d’interférer dans le fonctionnement des rédactions ou de faire licencier un journaliste qui lui déplaît ? Doit-on se satisfaire d'une situation dans laquelle des aventuriers possèdent des médias, dégradant la qualité de l’information et appauvrissant d’autant le débat public ? », s’interroge un autre.
La faute aux professionnels qui ont laissé toutes sortes de personnes infiltrer le métier, selon plusieurs syndicats. Et, les rédactions, par leur mode de fonctionnement, ne sont pas innocentes dans cette détérioration. « Lorsque l’on parle de qualité de l’information, la conversation arrive bien souvent sur la question des ressources : les effectifs journalistiques baissent, alors qu’il faut fournir de l’information toujours plus rapidement. Or, personne ne s’attarde vraiment sur la question des contrôles de la qualité ou des problèmes d’intégrité », explique un journaliste évoluant dans le secteur privé. La forte concurrence dans le milieu des médias entraîne une véritable course au scoop et une escalade du sensationnalisme : arriver deuxième est devenu plus grave que transmettre une information erronée…Une dynamique commerciale derrière laquelle se cache une certaine nervosité des médias en quête du Graal : s’assurer la fameuse exclusivité. Une situation qui a fini par créer une crise de confiance avec le public. Cette année, le thème de la Journée mondiale de la liberté de la presse, « L'information comme bien public », est l’occasion d’interroger les pratiques pour défendre la bonne information.

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