« Un signe d’irresponsabilité parentale »

Jean-Pierre Edjoa, directeur de la protection sociale de l’enfance au ministère des Affaires sociales.

Qu’est-ce qui explique la recrudescence du commerce des enfants dans les centres-villes ?
L’explication souvent donnée par les enfants et les parents est la recherche de quelques bénéfices pour la préparation de la rentrée scolaire. De notre point de vue, ce n’est pas la bonne explication. C’est plutôt le sacrifice des enfants au détriment des intérêts adultes. L’enfant n’a pas pour mandat de se battre pour chercher à payer sa scolarité. Il est enfant et est à la charge des parents. C’est donc un signe d’irresponsabilité parentale.
A quoi s’exposent ces enfants ?
Sur le plan pénal, cela s’assimile au vagabondage. Les enfants pourraient être pris par les forces de maintien de l’ordre, être inculpés pour vagabondage et se retrouver sur le chemin de la justice pénale. Sur le plan social, lorsqu’on essaie de regarder comment l’enfant déambule entre les véhicules, les risques d’accident sont énormes. Ils peuvent perdre leur vie ou être mutilés. De plus, les lieux de fréquentation ne sont pas des lieux pour enfants. Pour écouler des produits, ils sont obligés de se retrouver dans des espaces pour adultes comme des bars, des lieux de jeu, des marchés. L’enfant se trouve très tôt exposé à des comportements adultes. Ce qui conduit au troisième niveau : l’atteinte psychologique et morale. Sur le plan psychologique, l’évolution d’un enfant est déterminée par un certain nombre de stades. On sait à quel moment l’enfant doit acquérir telle ou telle autre capacité. Lorsqu’il se retrouve très tôt sous le soleil, la pluie, en milieu adulte en train de fréquenter plus âgé que lui, non seulement il va sauter des étapes, mais se retrouver en train de s’enquérir de réalités qui n’appartiennent pas à son monde d’enfant.
Quelles dispositions sont prises par le ministère des Affaires sociales pour freiner cette tendance ?
Le ministre des Affaires sociales a signé une lettre ouverte à l’endroit de tous les parents, il y a quelque temps. C’est notre première arme. Il faudrait renforcer l’information et la sensibilisation des parents par rapport à ces réalités. On ne peut pas prétendre que ces parents sont ignorants, mais ils n’ont peut-être pas la pleine mesure du danger auquel sont confrontés leurs enfants. Ensuite, il faut un accompagnement des enfants et des familles. En plus du Minas, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille renforce la responsabilité parentale, l’éducation familiale et la mobilisation communautaire afin que nulle part, on ne pense que l’enfant doit être un agent producteur de richesses qui participe de son développement.
 

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