Vacances scolaires : des enfants dans la rue

Malgré la désapprobation du gouvernement, certains parents continuent d’envoyer leur progéniture chercher de l’argent en vendant des articles divers.

Au Boulevard du 20 mai à Yaoundé, les bonbons sont les stars des plateaux. Des petits commerçants slaloment entre les voitures avec cette marchandise. Ce lundi 12 juillet dès 9h30, une dizaine d’entre eux se disputent l’attention des automobilistes. Simon Maya a un plateau assez fourni et varié. « Les clients aiment bien ces friandises et c’est facile de les écouler. Avec 100F, il est possible d’avoir quatre bonbons », confie-t-il. Le jeune homme a commencé ce commerce au mois de mai, peu avant la fin de l’année scolaire. « Je suis inscrit en classe de 3e au CES de Godigong dans l’Extrême-Nord. J’ai dû suspendre ce commerce pour aller composer le Brevet d’études du premier cycle avant de revenir. Il y a plus d’argent ici que dans mon village », dit-il. A côté de lui, Oumar Agabis, 16 ans, a renforcé son plateau avec des mouchoirs jetables et des cache-nez. « C’est la première fois que je vends ici. Les bénéfices me permettront d’aider mes parents cultivateurs à payer ma pension et tout le nécessaire pour l’école », espère-t-il.
Aucun de ces vendeurs ne semble inquiet de la circulation intense sur ce tronçon. Ils esquivent au mieux les véhicules lorsque le feu de signalisation passe au vert. Même insouciance au lieu-dit Mobil Olézoa. Le terre-plein y est pris d’assaut par des bouts d’homme. Ce matin, le plus jeune d’entre eux se bat à faire passer des boîtes à mouchoirs. « Je viens du quartier Manguiers en taxi chaque matin pour vendre ici et je rentre à 18h30. Les bénéfices vont me permettre d’assurer ma pension », affirme Ronald G., 15 ans et élève en classe de 4e. Ces gains oscillent entre 150 F et 350 F par paquet vendu. Venu sur place avec la bénédiction de ses parents, le jeune vendeur est persuadé d’assurer sa prochaine année scolaire de cette manière.
Pour d’autres, c’est une tradition familiale. L’entrée au secondaire marque aussi l’entrée dans le petit commerce. Rivaldo Meli, 16 ans, y est actif depuis quatre ans. « Jusqu’ici, je ne vendais que de la banane mure au marché de Nsam. J’ai viré dans le commerce de citron et kola depuis ce matin. Des amis m’ont dit que les bénéfices sont plus importants », dit-il. Son frère cadet, Divine Tiwa, 13 ans, se lance à peine. « Je vends chaque ballon à 300F et je gagne 150F en moyenne. Je ne compte pas changer de couloir », dit-il. Lucie Boning suit ce destin depuis son entrée en 1ère année au Cetic de Ngoa-Ekelle. Quatre ans plus tard, ses œufs durs accompagnés de pain, de mayonnaise et de piment font son bonheur. Même si certains clients s’aventurent dans le plateau sans rien payer. « Je n’y peux rien. Je laisse seulement ma marchandise partir », dit-elle. Ce risque n’est que l’un des dangers qui guettent les enfants déversés dans les artères de la ville en quête d’argent. Le ministère des Affaires sociales a donné un carton rouge face à ce travail des enfants. Le motif de la pension à payer paraît trop faible, par rapport aux dangers de l’exploitation auxquels ils s’exposent.
 

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