« Port de Kye-Ossi », Mendjikoum : ces voies de transit informelles

La fermeture de la frontière avec la Guinée équatoriale a donné lieu à la création de nombreux passages clandestins.

La fermeture de la frontière entre le Cameroun et la Guinée équatoriale a eu pour effet la multiplication des voies vers lesquelles transitent de manière informelle les marchandises. L’un des espaces les plus réputés est connu sous le nom de « Port » de Kye-Ossi. De visu, l’espace n’a rien d’un port ordinaire. Pour y accéder, il faut passer par une piste sablonneuse et humide autour de laquelle sont construites quelques habitations. Une fraîcheur de bord de rivière s’en dégage, transportée par les feuilles des arbres fruitiers qui recouvrent cet espace. A leur approche, les nouveaux visiteurs sont dévisagés par les jeunes et autres habitants d’un regard interrogateur. En parcourant environ deux kilomètres de ce chemin tortueux, l’on débouche sur ce que l’on appelle le « Port » de Kye-Ossi. Il s’agit en effet d’un ruisseau expressément aménagé au milieu d’une mangrove. Long d’environ un kilomètre selon les riverains, il relie la ville de Kye-Ossi, côté Cameroun, à Ebibeyin en Guinée équatoriale. C’est ici que transitent, clandestinement, à longueur de journée, les marchandises et les commerçants entre les deux pays. L’équipe de CT surprendra d’ailleurs des transitaires transportant sur leurs têtes, des colis constitués de liqueurs. Sortant de l’eau en série de deux, ces jeunes à la morphologie semblable à celle d’haltérophiles, disparaissent par la suite au milieu des maisons qui jouxtent ce « Port ». 
Si d’aucuns transportent des marchandises, d’autres, moins musclés, portent des commerçants à leur cou, pour les déposer par la suite d’un côté comme de l’autre de la frontière. Ces mouvements s’effectuent ainsi à longueur de journée, en fonction de l’intensité de l’activité. L’un des transitaires rencontrés parle d’ailleurs d’une moyenne de 16 voyages par jour. A raison de 500 ou 1000 F le voyage, en fonction du volume du colis ou du gabarit de la personne à transporter. Le spectacle force l’admiration, même si pour les riverains, cela semble être désormais un fait banal. Les colis transportés sont, pour certains, rangés dans des véhicules anonymes garés en bordure de route, sur l’axe débouchant à la frontière Cameroun-Gabon. Ils prennent par la suite le chemin des boutiques locales et des grandes villes comme Yaoundé, renseignent des riverains. 
Outre ce ruisseau, l’autre voie utilisée par les commerçants guinéens est appelée Mendjikoum. Située à l’entrée de la ville de Kye-Ossi, elle est prisée par ces commerçants, parce qu’elle permet d’éviter les multiples contrôles douaniers installés le long de l’axe Ambam-Kye-Ossi, expliquent des commerçants. L'une des conséquences de l’utilisation de ces voies est sans doute la hausse des activités de contrebande, qui fait perdre d’importantes recettes douanières à l’Etat du Cameroun. 
 

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